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Now you're just somebody that I used to know. (Natalee)

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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
◭ SOS : 42

MessageSujet: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Dim 7 Oct - 21:51

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Je me tiens devant chez elle, depuis deux heures environ. Je n’ai aucun mérite : je l’ai vue dans la rue, et je l’ai discrètement suivie. Je sais que c’est cette fille dont je me souviens. Je sais que j’ai dû la connaître à une époque. Mais je ne me rappelle pas totalement d’elle. Je ne me souviens de rien, en fait. Je regarde à travers les carreaux, et je la vois errer dans sa maison. Elle est seule. Comment s’est-elle retrouvée là, abandonnée ? Je fronce les sourcils. Il y avait bien marqué qu’Adrastée était ma femme, dans mon dossier. Alors pourquoi est-ce que j’ai l’impression que cette jeune femme et moi avons vécu quelque chose ? Une relation amoureuse écourtée ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne me souviens même plus de ses baisers, si baisers il y a eus. Ni de sa voix. Tout ce qu’il me reste d’elle est une image brouillée, qui devient un peu plus nette à chaque fois que je vois sa silhouette.

Elle marche dans sa maison, de la fenêtre à la salle à manger, puis s’arrête à un moment. J’ai l’impression qu’elle pleure, et je ne sais pas pourquoi. Cette impuissance me tue, j’aimerais tellement pouvoir faire quelque chose. Mais si vraiment nous étions proches, je sais qu’elle sera détruite de voir que je ne me souviens pas d’elle. Je me lève, et je continue à l’observer. J’ai déjà retrouvé Adrastée, oui. Mais j’ai ce sentiment douloureux d’avoir du mal à ressentir quoi que ce soit. De l’amour, de la culpabilité. De la haine, de la peine. J’ai tellement de difficultés à laisser parler mes émotions. Je l’ai embrassée, je l’ai prise contre moi, mais j’étais absent. Je veux simplement être là physiquement, ne plus lui manquer ; mais je sais pertinemment que mon esprit est à des années lumières d’ici. Le Cameron qui l’aimait, le Cameron qui était son mari, n’existe plus. Il est mort, ou du moins, enfoui dans les tréfonds de mon âme. Et s’il n’existe plus pour Adrastée, c’est pareil pour cette jeune femme. Il ne la reconnaît plus. Il ne l’aime plus. Il ne ressent plus rien pour elle, ni sympathie, ni colère. Et plus encore, il n’est plus son ami. Ce Cameron ne reviendra jamais. Je suis là maintenant. Un peu comme un double maléfique, sauf que je n’ai rien de terrible, vraiment. Je suis simplement étranger à cette vie que mon moi d’avant connaissait. Ces paysages, ces gens me sont inconnus. Cette femme que j’observe. Et qui me regarde soudain. Je ne cille pas. Sa bouche s’ouvre sous le coup de la stupéfaction. Elle se rue dehors.
Il fait étrangement beau aujourd’hui. Je m’en étonne chaque jour depuis que je suis parti. Après tout, j’ai vécu des mois dans la nature, sans abri. Je suis habitué à la pluie. Aux intempéries. Alors, j’apprécie davantage le soleil maintenant. Il glisse des reflets dorés sur les cheveux blonds de la jeune femme. Sur les miens aussi. Elle s’approche, et m'interpelle par mon prénom. Cameron. Je ressens toujours quelque chose de bizarre lorsque quelqu'un l'emploie. Je ferme les yeux, les plissant légèrement. La vérité est douloureuse, vraiment. Je ne peux pas lui répondre, je ne peux pas l’appeler par son prénom. Je ne sais pas quel est son prénom. Je rouvre les yeux.

- Je ne me souviens plus… Je suis désolé…

Je secoue la tête. Les mots se bousculent, et pourtant, je n’arrive pas à dire les choses clairement. Clairement, et sans la choquer tout de même. Sans la mettre en colère, ni la rendre triste. Trop tard. Les yeux de la blondinette se remplissent déjà de larmes. Je l’attire à moi et colle mes lèvres sur sa joue. Je ne me souviens plus vraiment des codes sociaux, mais je sais que les baisers sont rassurants. Et je veux la rassurer. Je suis là, et je peux peut-être toujours être mon ami. Et surtout, lui dire que ça va, que j’encaisse. Lui montrer que, si je ne me souviens pas vraiment d’elle, je vais bien malgré tout. Je ne suis pas blessé, je suis vivant. Je ne suis plus le même, tout simplement. Mais peut-être est-ce pire que la mort, à ses yeux. Parce qu’elle a perdu celui que j’étais, et dont je n’ai pas le moindre souvenir. Cameron. Était-il gentil avec elle ? Était-il son ami ? Peut-être son seul ami, d’ailleurs ? Je ne sais pas. Je n’ai pas vraiment envie de savoir. Quelque chose me dit que cette relation était plus compliquée qu’elle ne le semble. Et très honnêtement, je n’ai pas besoin de complications, à l’heure actuelle. Je glisse mes doigts sur sa joue, lentement. J’essaie de me souvenir. Puis mon regard descend, et je sursaute presque.

- Natalee.

Je relève les yeux, et je vois qu’elle est aussi surprise que moi. Mais là n’est pas le propos. Je ne suis pas seulement effaré du fait que je me rappelle de son prénom. Ce qui m’étonne, c’est de ne pas avoir vu de bébé avec elle. Car je m’en rappelle clairement : elle était enceinte. Elle avait dû accoucher, il y a longtemps. Je suis persuadé que j’étais là, mais je ne m’en souviens plus. Alors, je pose la question qui me brûle les lèvres.

- Où est ton bébé ?

Soudain, elle se fige sur place. À cet instant, je ne me demande même pas si elle l’a perdu ou si elle est vraiment devenue mère. Je ne me demande même pas s’il est opportun de la questionner sur son bébé, quand le père est de toute évidence absent. Je me demande juste ce qu’il est advenu de cet enfant. Sans penser à mal. Elle baisse les yeux, et déjà, je sais que j’ai dit quelque chose que je ne devais pas dire. Je ne me souviens de rien. Si ce n’est de son prénom, et de son ventre rebondi. Alors je m’accroche à ce maigre souvenir, de toutes mes forces, en espérant qu’il soit bon, que ce ne soit pas qu’une illusion. Pourtant, c’est sans doute ce qui m’effraie le plus. Que ma mémoire revienne, d’un coup, et que j’en sache soudain davantage sur Natalee que sur ma propre femme. Je n’ai pourtant pas le choix. C’est un risque que je ne peux pas éviter.
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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Lun 8 Oct - 13:19

Les jours passent et se ressemblent étrangement. La routine s’est installée peu à peu. Que devenais-je, qu’étais-je déjà devenue ? Pouvais-je être considérée comme une veuve éplorée ? Une mère incapable de donner la vie ? Je n’avais que vingt-et-un an et ces choses n’auraient pas dû m’arriver. Pas si tôt. J’avais perdu trop de personnes dans cette histoire. Pour des jeux stupides, idioties. Quels genres de monstres avaient pu créer une telle entité ? Le pire, c’est que je m’apprêtais à perdre encore plus de gens. Mon père, bientôt. Son tour viendrait et je l’acceptais, sans rechigner, cette fois. Il faut dire que nous n’avons jamais été proches. Il reste mon père pourtant. Mais je n’avais plus la force de me battre, pour quoi que ce soit. Il mourrait, et je ne dirai rien, je ne ferai rien pour empêcher cela. Ma mère pouvait me qualifier d’égoïste tant qu’elle le voulait, je m’en fichais. Où était-elle quand mon fiancé était mort, devant des millions de téléspectateurs ? Où était-elle quand Cameron n’est jamais revenu de son expédition ? Où était-elle surtout quand son petit-fils s’est laissé mourir dans mon ventre ? Son mari pouvait bien mourir, je n’aurais pas un geste de tendresse envers elle. Autant mourir. D’ailleurs, j’aurais dû être celle qui aurait dû tomber malade. Ainsi, j’aurais retrouvé mes aimés. Je n’ai plus rien à faire dans ce monde. Rien, sauf attendre. Passivement.

« Natalee, tu devrais passer un peu plus de temps avec ton père. » Ma grand-mère essaie d’être gentille, mais cette comédie me fait rire intérieurement. Elle m’a toujours détesté, mais elle semble se montrer compréhensive. Sauf que je ne crois pas à son petit jeu. « Je n’ai pas le temps. » répondis-je d’un ton neutre. Ma mère, qui se tient sur le pas de la porte de la cuisine, se mêle de la conversation : « Pas le temps ?, ricane-t-elle, tu ne fais rien de tes journées. » Je lui lance un regard noir. « Ne te mêle pas de ça, veux-tu ? » Elle soupire, l’incompréhension se dessine sur son visage. Je devrais être triste du destin funèbre de mon père. Qui est triste pour le mien dans cette famille ? Se rappelle-t-on, d’ailleurs, que j’ai un jour aimé, que j’ai un jour failli devenir une mère ? Je passe aux côtés de ma mère, ne lui adresse pas un regard, et rejoint le salon, où je me tiens, sans bouger. J’essuie rapidement les quelques larmes qui perlent aux coins de mes yeux. On pourrait croire que je serais desséchée après les nuits passées à pleurer. Mais non, il reste toujours quelques larmes pour me rappeler ma pauvre condition d’humaine. Je me retourne, jette un coup d’œil vers la fenêtre. Sur le trottoir d’en face, se tient un homme, qui semble regarder chez nous. Je fronce les sourcils, me rapproche encore. Soudain, mon estomac se tort. Mon corps entier se met à trembler. Non. C’est impossible. Je ferme les yeux, les rouvre : il est toujours là. Mais il est censé être mort. Comme Milan, comme mon enfant. Il faut que je sorte. Immédiatement. Mes pas me portent vers la sortie, plus vite que je ne l’aurais cru. « Cameron » je murmure, en traversant la rue. Il m’interrompt dans ma lancée. Il ne se souvient pas. Comment ça, il ne se rappelle pas ? De moi, de nous ? De notre amitié, de notre passé ? Plus vite que je ne l’aurais cru, mes yeux se remplissent de larmes à nouveau. Je pleure comme une idiote. J’ai encore du mal à y croire. Il est là, mais je n’y crois pas. Il m’attire contre lui, comme une preuve existentielle de sa présence. Je respire, à nouveau. Son odeur est restée la même. Je ferme les yeux, laisse couler les larmes qui sont encore prisonnières, dans mon corps. Il se recule, prononce mon prénom. Nous semblons aussi surpris l’un que l’autre. Alors, sa mémoire lui revient, petit à petit. Je ne prononce pas un mot, je n’ai pas le courage de parler. Ma bouche est sèche. « Où est ton bébé ? » Je sens mon corps se durcir, mon regard se refroidir. Je me mords la lèvre. Il ne se souvient pas complètement de moi mais il en sait assez pour me figer sur place. Je ne réponds pas, je n’ai rien à répondre à cela. Je n’ai pas le courage de lui dire. Il semble attendre une réponse, pourtant. Alors, rassemblant toutes mes forces, je murmure : « Je suppose qu’il a rejoint son père, maintenant. » Je ne pleure plus. Je n’en ai plus envie. Je l’observe, il semble être complètement perdu. Comment a-t-il réussi à revenir par ici ? A-t-il déjà vu Adrastée, et leur enfant ? Elle, a réussi à garder leur enfant. Elle, au moins, aurait toujours un souvenir de son défunt mari. Moi, il ne me restait plus rien. Maintenant, son mari rentre à la maison. Elle, encore une fois, gagne tout. La famille. Celle que j’aurais dû avoir. Je détourne le regard, mal à l’aise face à cette rancune que j’éprouve encore, alors que la jeune femme fut d’une grande aide lors de la disparition de Milan et de Cameron. Mais je n’y pouvais rien, comme Cameron me l’avait fait remarqué aujourd’hui, je n’étais qu’une égoïste. Cameron. Mon regard se porte sur lui, à nouveau. Il est bel et bien vivant, alors. Cette fois, alors que je prends réellement conscience de la situation, mon cœur se met à battre vivement, bien plus rapidement que ces dernières semaines. Ma main se lève et s’approche de sa joue, jusqu’à la frôler. Le contact me fait frissonner. « Je te croyais mort. » avouai-je. J’avais pleuré des nuits entières pour lui. Et voilà qu’il nous revenait, entier, presque en bonne santé, la mémoire en moins. Et soudain, je prends également conscience de l’horreur de la situation. Je pense : pourquoi lui et pas Milan ? Il devait le sauver, n’est-ce pas ? Mais lui est revenu, et non mon fiancé. Une colère étrange monte en moi, mais je me concentre pour la faire disparaître. De tels sentiments ne doivent pas entacher ces retrouvailles ; cependant, je ne peux m’empêcher de le blâmer, intérieurement. Il m’avait promis de le ramener, mais il l’avait laissé mourir. Il avait programmé ma destruction progressive. Et je le haïssais pour cela.
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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Lun 8 Oct - 13:55

À aucun moment je ne prends conscience de l’étrangeté de ces retrouvailles. Je ne sais plus vraiment qui est Natalee, même si certaines choses me reviennent petit à petit. Je ne sais absolument pas qui est cet homme qui l’avait mise enceinte. Je suis censé le savoir, pourtant. Cela ne m’affole pas réellement, ça m’attriste plutôt. J’aimerais lui fournir davantage d’explications, ne pas me contenter de ressasser des bribes de souvenirs qui me reviennent en tête. Mais comme pour Adrastée, la vérité est que j’ai presque tout oublié.
Je serre Natalee contre moi, lui proposant une épaule pour éponger son chagrin. Elle a l’air d’en avoir besoin. Bien sûr, je n’ai absolument aucune idée de mon rôle dans toute cette histoire. Je ne me doute pas qu’elle puisse m’en vouloir pour être vivant. Ce qui me revient d’elle, ce sont des images d’amitié. D’amour. Elle et moi, une cour d’école. Nous nous sommes connus alors que nous n’étions que des enfants, j’en suis certain. Elle devait être importante pour moi. Tellement importante que le Capitole a tout fait pour l’effacer de ma mémoire. Si j’avais su qui elle était, peut-être serais-je revenu plus vite ? Sûrement… Tout comme j’aurais accouru si j’avais réalisé qu’Adrastée m’attendait avec notre fille. Mais ce n’est pas le moment de penser à tout cela. Je vois que j’avais touché un point sensible en évoquant l’enfant de Natalee. Soudainement, elle se raidit, et recule un peu pour me faire face. « Je suppose qu’il a rejoint son père, maintenant », murmure-t-elle en baissant les yeux.

- Je suis désolé.

Si je m’excuse, c’est simplement parce que je ne pensais pas qu’il s’agissait d’un sujet délicat. Je n’ai plus conscience de rien. Je ne suis plus celui qu’elle a connu. J’espère de tout mon cœur le redevenir un jour, mais pour le moment, je suis un homme qui ne se souvient pas de son passé, ni de son identité. Un homme qui n’est personne, au final. Je ne sais pas si elle aimait Cameron. Si elle le considérait comme un ami, un proche, bien plus. Et je ne sais pas non plus ce que je ressentais pour elle. Je devais beaucoup l’aimer, j’en suis certain. Assez pour que rien, pas même les drogues du Capitole, ne parvienne à l’effacer totalement de ma mémoire. J’aimerais tant lui demander à quel point nous nous aimions, ce que nous avions traversé ensemble ; mais je ne peux pas, je ne veux pas. Je n’ai pas envie d’éveiller un autre sujet sensible.
Et puis, elle glisse sa main sur ma joue, et je la regarde fixement. Elle murmure une nouvelle fois. « Je te croyais mort ». Je pose mes doigts sur les siens.

- Je l’étais. J’aurais préféré l’être. Je ne suis que l’ombre de moi-même depuis… ma disparition…

Je ne me souviens pas, et pourtant, j’essaye, j’essaye de toutes mes forces. Ce jour où je suis tombé dans le coma. Le dernier jour où j’étais Cameron, le vrai Cameron, celui qui savait qui il était. Si je me souvenais de ce jour, je me souviendrais de tout. Je le sais, je le sens. Mais je sais également que cela peut-être douloureux. Qui sait si je suis le seul à avoir perdu la vie ce jour-là ? Si d’autres personnes, auxquelles Natalee et Adrastée tenaient, n’étaient pas mortes ? Je ferme les yeux un instant, mais rien ne me vient. Rien, sauf une scène, dans une cour d’école. Je pleure. Elle vient à mon secours. « Viens avec moi ». Je revois tout, comme si j’y étais. Je n’y crois pas, je ne veux plus y croire. Après avoir tant bataillé pour me souvenir d’Adrastée, voilà que des pans entiers de mémoire me reviennent. Tous sont au sujet de Natalee. Je rouvre mes paupières et serre sa main dans la mienne.

- Tu m’as tellement manqué, Natalee…

J’embrasse son front et l’attire contre moi. Je ne me souvenais pas de ce que cela faisait d’avoir un ami. Un vrai ami. Je sais que Natalee est mon amie, sans doute la plus proche de tous. Elle me comprend, elle m’apaise. Et plus que tout, elle a pleuré ma disparition autant qu’Adrastée, j’en suis certain. Je sais que je n’ai plus personne. Plus de parents, plus de famille. Alors, il me faut cette amitié. J’en ai besoin pour survivre. Il me faut Natalee. Mais en la serrant contre moi, je me rends compte que quelque chose cloche. Qu’elle ne semble pas heureuse de me retrouver. Qu’elle semble m’en vouloir. Je me détache d’elle, juste assez pour pouvoir la regarder. Ses iris fuient les miens. Je me demande ce que j’ai pu faire. Si je ne me suis pas trompé sur les relations que nous entretenions. Étions-nous en bons termes avant que je ne disparaisse ? Je ne suis plus sûr de rien. Je fronce les sourcils.

- À quoi penses-tu ?

Je suis tellement heureux de me souvenir que je ne me doute même pas qu’elle puisse avoir du ressentiment, qu’elle puisse ne pas partager ma joie. Je glisse une main sur sa joue, puis dans ses longs cheveux blonds. Je ne me souvenais pas qu’elle était si belle. Alors autant profiter de sa beauté avant qu’elle ne se transforme en furie, et qu’elle me reproche tous les maux du monde. J’ai l’impression désagréable que ces retrouvailles ne seront pas si belles que ça.
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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
◭ SOS : 38

MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Dim 14 Oct - 19:21

Le retrouver était inimaginable. Même dans mes rêves les plus fous, je n'avais pas imaginé qu'il puisse être encore vivant, que tout cela n'était qu'une affreuse mise en scène, destinée à nous faire souffrir, une fois de plus. Bien qu'il se trouvait là, face à moi, j'avais encore du mal à croire en sa présence. Peut-être était-il un fantôme, une simple image crée par ma propre imagination pour me montrer à quel point j'allais mal. Cameron serait-il, désormais, mon ami imaginaire, celui qui me montrerait le droit chemin et m'aiderait à prendre les bonnes décisions ? La situation semblait bien réelle, pourtant. Son toucher, surtout, me fit frissonner et là, il n'y avait plus aucun doute : seul le vrai Cameron saurait me provoquer un tel effet. Mon Cameron, mon meilleur ami, mon frère. J'en avais le souffle coupé, et les mots étaient difficiles à trouver pour évoquer ce que je ressentais à ce moment là. J'étais perdue, mais certainement heureuse. Ma vie reprendrait un sens, à présent, s'il restait à mes côtés. Mais je ne devais pas oublier qu'il était marié, encore maintenant, et qu'il était désormais père d'un enfant. Cet enfant que j'aurais dû avoir, moi. Je ferme les yeux, un instant. Il me faut oublier cette rancune. Ils ne sont pour rien dans cette histoire. Ce n'est pas leur faute si je ne suis même pas capable de garder un enfant près de moi, dans mon corps. Instinctivement, ma main se porte sur mon ventre, symbole de l'enfant disparu. Ce qui est certain, désormais, c'est que je ne porterais plus jamais l'enfant de quelqu'un. Milan est mort. Cameron aurait pu être le père de mes enfants, mais ce genre d'idées appartenait au passé, maintenant. Enfin, je ne me voyais absolument pas refaire ma vie avec quiconque. Les deux hommes que j'avais aimé avaient disparu. Fin de l'histoire.

« Je suis désolé. » Un doux sourire se dessine sur mes lèvres. Toujours le don de s'excuser, dans les moments les plus tragiques. Ça, au moins, ça n'avait pas changé. « Tu n'y es pour rien, Cameron. Personne n'est à blâmer. Sauf moi, peut-être. » L'amertume se dessine certainement sur mon visage. Je m'en veux, évidemment. Si j'avais été plus forte, moins fragile et faible, l'enfant aurait vécu. Je l'aurais élevé, seule, mais dans le souvenir de son père. J'aurais tant voulu avoir un fils lui ressemblant. Cela m'aurait, au moins, donné une raison de vivre. Mais j'avais abandonné, lâché prise. J'étais faible, lâche. Et je ne méritais pas d'être mère. Adrastée, elle, n'avait pas perdu la face. Elle avait su mettre au monde ce bébé. Elle avait eu de la chance. Maintenant, l'enfant aurait un père. Sa famille était réunie, et je me retrouverais seule, à nouveau. Ses doigts se posent sur les miens et son geste me rappelle à quel point il est vivant. Mon ami, mon frère. Il est beau, même dans sa confusion. « Je l’étais. J’aurais préféré l’être. Je ne suis que l’ombre de moi-même depuis… ma disparition… » Je fronce les sourcils. Comment ose-t-il parler ainsi ? « Bon dieu, ne dis pas de telles choses, Cameron. Tu es vivant, et tu devrais t'estimer heureux. C'est un cadeau, une chance. Vis, vis pour toi et pour ceux qui t'aiment. » Je soupire. Je peux comprendre qu'il est perdu, aujourd'hui. Oublier ses anciens souvenirs ne doit être guère chose facile, mais il doit se battre. « Si Dieu t'as ramené, c'est qu'il y a une raison. Alors vis, honore son choix. » Ce genre de paroles était étranges, sortis de ma bouche. Je n'étais pas croyante. Si Dieu existait vraiment, toutes ces guerres, tous ces jeux n'auraient jamais existé. Mais il me fallait parfois admettre qu'une force supérieure gouvernait peut-être nos choix, nos vies. Je me rends compte à présent que je ne sais même pas si Cameron croit. Nous n'avons jamais eu ce genre de discussion auparavant. Et à présent, il ne doit même pas savoir lui-même s'il a un jour cru ou non. Tout cela est dénué de sens : j'aurais pu lui apprendre tant de choses sur lui, mais je me rendais compte que je ne savais peut-être pas les plus essentielles.

Nos mains se serrent. Son cœur parle : « Tu m’as tellement manqué, Natalee… » Mes sourcils se haussent mais mon cœur bat plus fort. Se souviendrait-il de plus, maintenant ? Aurait-il enfin conscience de ce qui nous a, un jour, uni ? Une larme perle au coin de mon œil et je ne prends même plus la peine de l'arrêter. Elle coule sur ma joue, et c'est alors d'une voix chevrotante que je réponds, « Toi aussi, si tu savais. » Je ne mentais pas. Le monde ne tournait pas rond sans lui. Il formait mon univers depuis tellement d'années. Comment aurais-je pu même imaginé vivre sans lui ? Mon oxygène. Il m'attire contre lui, je ferme les yeux, et m'accroche à lui. Je le serre contre moi, peut-être un peu trop fort, mais je ne peux plus le laisser partir. Il réussit à se détacher pourtant, alors la colère revient. Sortie de nulle part, encore une fois. Je le fuis du regard, incapable de le regarder. Pourquoi lui, pourquoi ? Ne nous méprenons pas, j'étais heureuse de son retour, de sa survie. Mais j'aurais préféré qu'il ne revienne pas seul. « À quoi penses-tu ? » Sa main glisse dans mes cheveux, geste anodin qui parvint à m'apaiser. Je passe de la colère à la joie, à la tristesse, en un claquement de doigt. Je suis si fatiguée que mon corps se perd dans toutes mes émotions. Un seul regard vers lui, son regard et je comprends que je ne peux pas lui en vouloir, pas maintenant. Alors, j'attrape sa main et l'emmène vers le banc, qui fait face à la maison où j'ai grandi. Je décide d'expliquer mon changement d'humeur par un autre sujet : « Mon père est mourant. » annonçai-je de but en blanc. Son visage se décompose : il affiche une mine consternée. Ce qui me fait rire, légèrement. J'attrape son menton entre mes doigts et lui dit, gentiment : « Ne prends pas cet air désolé. Tu hais mon père. Et tu sais également combien je le détestes. Lui, t'as toujours apprécié pourtant. Mais tu as toujours haï la façon dont il se comportait avec moi. Parce que tu étais mon ami, et que tu ne supportais pas qu'on me fasse du mal. » Ma main se déplace lentement jusqu'à ses cheveux, je le contemple quelques instants, avant de demander d'un ton détaché : « As-tu déjà vu Adrastée ? » Une boule se forme en mon ventre. Je connais déjà la réponse, mais j'aurais tant aimé être la première personne dont il se souvienne. Je ne suis pas jalouse, pourtant, plus maintenant. Je ne peux plus haïr Adrastée comme je l'ai fait, des mois plus tôt. Elle s'est révélée être une amie très présente dans les moments les plus douloureux, et pour cela, je ne pourrais jamais la remercier assez.
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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Dim 14 Oct - 20:56

Retrouver Natalee après plusieurs mois en quête de ma véritable identité est quelque chose d’étrange. Je ne me souviens de rien. Tellement que ça me fend le cœur. Pourtant, elle me revient en mémoire, lentement mais sûrement. Je revois nos jeux. Je revois notre adolescence, avec une personne inconnue au tableau, sûrement son petit-ami. Le père de son enfant, peut-être ? Je ne sais pas vraiment. Tout ce que je comprends, c’est que je n’aime pas vraiment ce garçon. Je ne lui fais pas confiance. Je veux garder ma Natalee pour moi. Mais mes souvenirs s’arrêtent là. Je n’arrive pas à en savoir plus. J’imagine qu’il me manque alors plusieurs années de ma vie, puisqu’apparemment j’aurais vingt-trois ans. Vingt-trois années, et combien de temps Natalee aura-t-elle fait partie de cette vie ? Sûrement plus que je n’ose me l’avouer. Elle a toujours été là. D’aussi loin que puisse aller ma mémoire, je ne me souviens pas avoir vécu sans elle. Alors, j’imagine que ma vie devait être douce. Les sentiments reviennent peu à peu. Je me vois l’enlacer, embrasser son front et ses joues. Adrastée n’est présente à aucun moment. Se pourrait-il que j’aie connu ma femme beaucoup plus tard ? Je ne sais pas, mais cela semble pourtant clair : je n’ai pas vécu avec elle ce que j’ai pu vivre avec Natalee. Cette dernière m’a transformé, a fait de moi quelqu’un de nouveau. Et puis, je me souviens, un peu. De mon premier chagrin d’amour. La fois où je l’ai vue embrasser Milan pour la première fois. Elle voulait me le présenter. J’étais d’accord, bien entendu ; il s’agissait de ma meilleure amie après tout. Et puis, je l’avais vu. Fier, arrogant, triomphant. Se pavanant aux bras d’une Natalee comblée. Embrassant ses lèvres. Mes joues rosissent soudain, juste au moment où mon amie me répond. C’est vrai, je suis ingrat de dire que j’aurais préféré mourir. Surtout si elle a perdu l’homme de sa vie. Mais après tout, ne devais-je pas être le premier « homme de sa vie » ? Je fronce les sourcils.

- Je crois que j’ai vécu trop de choses pour croire en Dieu, Natalee… Si Dieu existait, il ne m’aurait pas infligé tout ça. Et à toi non plus…

C’est vrai. Je ne peux pas dire que je pense qu’il existe une puissance divine. Dieu serait incroyablement cruel pour faire souffrir ainsi ses brebis, pour les laisser sans repères, sans avenir, dans un monde cruel où la violence est devenue loi. Où les jeunes femmes risquent leurs vies chaque jour. Je ne veux pas croire que Dieu nous ferait souffrir de la sorte. Je préfère me dire qu’il n’existe pas. Mais je réalise rapidement que Natalee a peut-être besoin de se raccrocher à ça. Pour être sûre que son petit-ami et son enfant ne sont pas totalement morts. Je reprends alors sur un ton adouci.

- Mais je suis sûr que ceux que tu as perdus sont au paradis… Je veux y croire.

Elle me ramène tellement de souvenirs en mémoire qu’il m’est presque douloureux de la regarder dans les yeux. Alors, je la serre contre moi, autant que possible. Je ne veux pas défaire cette étreinte. Je ne sais même pas pourquoi d’ailleurs. Notre amitié devait être incroyablement forte. J’aimerais m’en souvenir mieux, mais je me contente de ce que j’ai, et ce n’est pas mal, déjà. J’ai plus en tête mes moments avec elle que ceux avec Adrastée. Je me sens un peu coupable d’ailleurs, mais qu’y puis-je ? Si je pouvais influer sur mon subconscient, je ferais tout pour me souvenir de ce que j’ai vécu avec Adrastée. Nos moments de complicité et d’amour. Pour que cela se concrétise par un enfant, il fallait que nous nous aimions à la folie. J’en suis persuadé. Mais je n’arrive pas à me projeter si loin. Pas tant que je n’ai pas plus de choses qui me reviennent en tête. Je fronce les sourcils, mais je ne dis rien. Natalee ne pourrait sans doute pas m’aider.
J’ai évidemment remarqué qu’elle n’était pas aussi heureuse qu’elle devrait l’être, et elle m’attire donc à l’écart pour se confier à moi. Nous nous asseyons sur un banc à quelques dizaines de mètres de sa maison. « Mon père est mourant » ; le verdict tombe comme un couperet. Je la regarde, et mes yeux doivent refléter ma tristesse pour elle, car elle m’attrape rapidement le menton en souriant. Ce contact, nouveau, ne m’est pas désagréable. Il est même familier. Je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour. « Tu as toujours haï la façon dont il se comportait avec moi. Parce que tu étais mon ami, et que tu ne supportais pas qu'on me fasse du mal ». Je me raidis et perds mon sourire.

- Il se comportait mal avec toi ? Je ne pourrais jamais laisser faire ça…

Au fond de moi, évidemment, je sais très bien que je ne fais pas le poids face à quelqu’un de plus grand et de plus fort. Pourtant, je veux croire que j’aurais pu défendre Natalee de tous les dangers. C’est incroyablement naïf, mais se prendre pour un super héros aide à faire abstraction de tout ce que j’ai raté dans ma vie. La naissance de ma fille, ma vie avec ma femme, ma vie avec Natalee. Justement, elle évoque Adrastée. Je fronce les sourcils et ferme les yeux.

- Je l’ai vue, oui.

Je rouvre mes paupières et lis la déception sur le visage de Natalee, même si elle essaie tant bien que mal de la camoufler. Et puis, je me rappelle. Je sais qu’elle était là le jour de mon mariage, le seul véritable souvenir que j’ai d’Adrastée. Je sais qu’elle était dans l’assistance, et qu’elle me regardait. Que je la regardais aussi. Mais ce n’était pas un regard amical. C’était un regard amoureux. Je détourne les yeux. Non. Je ne veux pas y croire. Je ne veux pas croire que j’ai épousé quelqu’un alors que j’aimais quelqu’un d’autre. Que j’aimais Natalee. Ce garçon qu’elle avait choisi, je le détestais, profondément. J’en suis maintenant certain. Je me tourne de nouveau vers elle et glisse ma main le long de son bras, jusqu’à ses doigts que j’entremêle aux miens. Je la sens presque frémir sous ce contact.

- Je ne me souviens pas d’Adrastée. Enfin, pas vraiment. Pas suffisamment.

J’appuie volontairement le mot « suffisamment », puis marque une pose avant d’enchaîner sur la question qui me brûle les lèvres.

- Natalee… Étions-nous simplement des amis ?

Je suis sérieux. Elle le sait, elle le voit. Mais elle peut me mentir, et va sûrement le faire. J’en suis conscient. Ce n’est pourtant qu’en posant les véritables questions, celles qui font mal, que je pourrai redevenir moi-même. Et cela, même si ça doit blesser mon amie…
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Lun 15 Oct - 11:55

Je ne m'attendais pas à ce qu'il croit en Dieu. En y réfléchissant, le Cameron que je connaissais était bien trop rationnel pour croire à une force supérieure et inconnue. Il me ressemblait tellement que j'avais parfois l'impression de lire en lui mon reflet, d'y voir ma propre personnalité. Qui se ressemble, s'assemble, disait-on, et le proverbe n'avait pas toujours tort. Mais j'avais le sentiment, aujourd'hui, qu'il fallait que je me raccroche quelque part, à quelqu'un. Je devais retrouver la force d'avancer, la force d'oublier. Réapprendre à vivre, et à sourire. Mais tout cela me semblait si difficile. Cela requérait trop d'efforts et j'avais peur de ne pas pouvoir y parvenir. Je n'étais plus assez forte pour me tenir sur mes deux jambes. J'avais besoin d'aide, j'avais besoin qu'on me réapprenne à marcher, à me tenir debout sans l'aide de personne. Je n'avais de cesse de m'accrocher à quelqu'un, une entité impossible à atteindre, ou dernièrement, Adrastée. Au milieu de ses propres problèmes, elle avait pris le temps de s'occuper de moi et de mes humeurs désastreuses. Mais aujourd'hui, alors que j'observai Cameron du coin de l'œil, je savais que je vivrais, à nouveau. Pour la première fois depuis des mois, j'avais espoir. « Je crois que j’ai vécu trop de choses pour croire en Dieu, Natalee… Si Dieu existait, il ne m’aurait pas infligé tout ça. Et à toi non plus… »  Sûrement. Il avait raison, c'est ce que j'avais toujours pensé. Pourtant, une petite voix au fond de moi me murmurait que si Dieu n'existait pas, Cameron ne serait peut-être jamais revenu d'entre les morts. Je ne savais plus où j'en étais, avec toutes ces histoires de religions. Panem n'avait pas une culture religieuse prononcée. Je n'avais pas été élevé dans le respect de Dieu ou de quoi que ce soit. Mais ma grand-mère m'avait un jour expliqué qu'autrefois, la religion avait eu une place importante dans le monde : d'ailleurs, des guerres avaient eu lieu pour essayer de déterminer quelle était la vraie religion. Cela me paraissait tellement absurde que j'avais du mal à la croire, lorsqu'elle racontait ce genre de choses. Pourquoi se battre pour une chose, dont nous n'avons même aucune preuve qu'elle existe vraiment ? Je garde le silence, je n'ai rien à répondre. Je ne sais pas quoi dire, en réalité. Il a raison, sur toute la ligne. Trop de choses horribles nous étaient arrivés pour que nous puissions encore croire que quelqu'un nous surveille, et nous aide.

« Mais je suis sûr que ceux que tu as perdus sont au paradis… Je veux y croire. » Le paradis, encore une notion inconnue que ma grand-mère a un jour évoqué. Ce serait, paraît-il, un endroit merveilleux, où l'on se retrouve tous après la mort. Un endroit impossible à imaginer puisque personne ne peut témoigner. Mais nous l'imaginons tous merveilleux, un lieu rempli de bonheur et de magie. « Alors, si Milan a retrouvé notre enfant, je suis heureuse. » Peut-être que moi, aussi, un jour, je les retrouverais, tous les deux. Et, alors, nous vivrons ensemble et heureux pour l'éternité. Il me serre plus fort contre lui. Sent-il, comme je le sens, ce courant électrique qui passe entre nous ? Symbolique de notre amitié, si forte. J'avais toujours su que je finirais ma vie près de lui. Il était impensable que les choses se passent autrement. Nous étions liés, et le resteront jusqu'à la fin de nos jours. A travers notre étreinte, j'essaie de lui transmettre tous mes souvenirs. Les plus forts, les plus intenses. Les plus heureux, surtout. J'essaie de lui montrer combien je l'aimais, et combien j'aurais tout fait pour lui. Se rappelle-t-il de tous nos moments de doutes, de nos questions sur l'avenir ? De ce jour où, de manière détournée, je lui avais demandé s'il m'épouserait un jour; se rappelle-t-il également le jour où j'ai rencontré Milan et où j'ai lâchement abandonné tous mes projets avec lui pour me consacrer à mon nouvel amoureux. J'avais été égoïste, peut-être, oubliant complètement les sentiments de mon meilleur ami. J'avais fait semblant de ne rien voir, pourtant je le savais. Je savais qu'il m'aimait, comme je l'avais aimé. Mais mes sentiments avaient vite disparu au profit de Milan. J'avais pensé que tout cela n'était qu'une amourette d'adolescent et que nous étions mieux amis. Ou frères et sœurs. J'avais bêtement imaginé que Cameron pensait de même. Jusqu'à ce que je réalise quelques années que je m'étais trompée. Autant concernant ses sentiments que les miens.
L'aveu au sujet de mon père ne lui plaît pas. Je vois son corps se raidir, son sourire disparaître. Ses mots sont froids, distants. « Il se comportait mal avec toi ? Je ne pourrais jamais laisser faire ça… » Il cherche à me protéger, tout comme mon meilleur ami de l'époque l'aurait fait. Je pose ma main sur son bras, cherchant à l'apaiser. « Ne t'inquiète pas de ça, maintenant. Tout est fini, j'ai appris à me défendre. Tu m'as appris à me défendre. Et puis … Il n'a pas été si méchant. Juste un peu humiliant. » Ce n'est pas pour cela qu'il mérite de mourir. Je n'attends que ça, cependant. Qu'il meurt, à son tour. Milan, mon enfant, n'étaient que des êtres innocents. Lui, l'était un peu moins. Je préfère changer de sujet, évoque Adrastée. Il l'a vue, bien sûr que oui. Tant mieux, elle doit être tellement heureuse, désormais. Lui aussi, certainement. La joie de retrouver la femme aimée. Pourtant, il m'attrape la main et entremêle ses doigts aux miens. Je frissonne. C'est pourtant un geste anodin, que Cameron ou moi aurions fait sans réfléchir, à l'époque. Mais il n'est pas censé se souvenir. Alors, à chaque geste, j'espère un peu plus que la mémoire lui reviendra. « Je ne me souviens pas d’Adrastée. Enfin, pas vraiment. Pas suffisamment. » Je soupire. Avait-il été distant avec elle, sous prétexte qu'il avait tout oublié ? Je le regarde, plonge mon regard dans le sien, et me prépare à lui dire des mots qui me déchirent le cœur : « Tu l'aimes, énormément. Votre mariage a mal commencé, certes. Mais vous avez appris à vous aimer. Tu tiens vraiment à elle. Elle te rendait heureux, je crois. » Je n'en étais pas sûre, à vrai dire. Nous ne nous étions pas vraiment quittés en bons termes. « Tu te souviendras, j'en suis certaine. » Autant d'elle que moi, je l'espérais. Puis, il change de sujet, à son tour; pose la question que j'attendais, l'inévitable question. Je relève le menton, regarde le ciel et réfléchit rapidement à ma réponse. Le mieux est de lui dire une partie de la vérité. Il n'a pas besoin de tout savoir, pas maintenant. « Dans un autre monde, nous serions mariés. » Un léger sourire se dessine sur mes lèvres, à l'idée de notre mariage. « Bien sûr, nous avons été plus que des amis. Étions-nous amoureux, vraiment amoureux ? Je n'en sais rien, nous n'étions que des enfants. Mais, je t'ai toujours aimé. Je t'ai aimé comme un ami, comme mon amour, comme mon frère. » Je me mords la lèvre, jusque là je lui avais dit la vérité. C'était maintenant que je m'apprêtais à lui mentir, et j'espérais être assez convaincante. Ainsi, de manière très sérieuse, j'ajoute : « Mais si tu veux savoir s'il s'est passé quelque chose entre nous, la réponse est non. Alors, oui, peut-être que oui, nous n'avons été que des amis. De bons amis. »
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee) Lun 15 Oct - 17:53

À l’évocation du prénom Milan, je me raidis davantage. Je me souviens d’une haine, d’une rancune plus forte que n’importe quelle autre. D’un bal, d’une bagarre. D’un jeune homme brun, aux yeux foncés. Je le revois parfaitement maintenant. Mais je ne me rappelle de rien d’autre. Ni de la raison pour laquelle nous nous disputions, ni de ce qui lui est arrivé. Tout ce que je sais, tout ce dont Natalee est consciente, c’est que Milan est mort, et leur enfant aussi. Cela devrait profondément me peiner, mais ce n’est pas le cas. Je ne ressens pas vraiment de tristesse. Ou si : j’en ressens pour ma Natalee, qui ne mérite pas tout ce qui lui arrive. Mais après tout, aucun de nous n’était préparé à ça. Au retour des Jeux. À leur disparition. À la Rébellion. Aux morts. À celle de Milan, et à la mienne. Je comprenais qu’elle puisse être choquée de me voir revenir, après avoir dû pleurer son fiancé. Mais je n’y étais pour rien. Je ne pourrais pas lui dire pourquoi je suis de retour et pas Milan. Pourquoi je suis vivant, et pas lui. Tout ce que je sais, c’est que je ne compte pas l’abandonner. J’assumerai mon rôle d’ami, tout comme j’assumerai celui de mari et de père pour Adrastée et sa fille. Je suis étranger à cette vie, oui. Mais peu m’importe. J’ai des responsabilités, et je ne compte pas les fuir. Pas cette fois.
Lorsqu’elle aborde le sujet d’Adrastée, je suis bien sûr gêné. Avant tout parce que je ne me souviens de presque rien. Certaines images me sont revenues en tête, mais ne sont pas restées. De même, celui que j’étais a refait surface l’espace de quelques instants, mais je sais pertinemment qu’il ne reviendra pas, qu’il ne reviendra plus. Ce n’était qu’un moment de répit que m’accordait mon nouveau moi. Une façon de dire à ma femme que je suis le même, que tout ira bien, alors que cet être démoniaque me domine en quasi permanence. Pourtant, là, maintenant, auprès de Natalee, il y a le vrai Cameron. Esquinté, pas vraiment au courant de notre relation, mais c’est moi, vraiment moi. Elle peut en être sûre. Je me sens tellement mal de ne pas « revenir » de la même façon pour Adrastée. Mais je n’y peux rien : c’est quelque chose qui ne se contrôle pas. Quelque chose qui me fait détester celui que je suis devenu. Heureusement, avec Natalee, je m’abhorre beaucoup moins. Elle me permet de ne pas totalement perdre pied, de ne pas souhaiter avoir disparu. Ce qu’elle m’avoue alors au sujet de ma femme me serre le cœur. C’est donc vrai, je l’aimais vraiment. Comment peut-on ne pas se souvenir de la femme que l’on aime ? L’oublier pour de bon ? N’avoir que de vagues instants de mémoire qui reviennent nous heurter de plein fouet ? Je baisse les yeux. « Tu te souviendras, je suis certaine ». Non. Je ne pense pas. J’en ai envie, bien sûr, mais je ne sais pas si ça vaut la peine que j’y croie encore. Avant de retrouver Natalee, je pensais que ce serait pareil pour tout le monde. Que je ne me souviendrais de rien, que ça reviendrait plus tard. Maintenant je sais que ça ne reviendra pas. Que si ça avait dû revenir, ça aurait été le cas dès notre premier regard échangé, dès l’instant de nos retrouvailles. Je lève la tête.

- Tu sais aussi bien que moi que ça peut ne jamais revenir.

Elle en est consciente. Elle ne peut pas l’ignorer. Je pourrais ne jamais me rappeler d’Adrastée comme je me rappelle de Natalee. Ces moments fugaces qui me reviennent en mémoire ne sont rien. Ne veulent rien dire. Je ne saurais même pas leur donner de sens. J’ai vu des bouts de notre histoire, du canapé à la chambre, au jour de notre mariage. Je me rappelle de certaines choses, c’est vrai. Mais pas de ce qui est important : les sentiments. Je reviens de temps en temps, quelques secondes, pour disparaître l’instant d’après. Est-ce vraiment ce qu’Adrastée souhaite ? Avoir le véritable Cameron pour quelques infimes minutes ? Pour quelques heures, jusqu’à la fin de sa vie ? J’en doute. Je sais très bien qu’elle est contente que je sois revenu, qu’elle s’accroche à moi comme à une bouée de sauvetage, mais je ne suis pas là pour lui venir en aide, cette fois. J’ai à peine de quoi m’aider moi-même. Je n’ai aucun moyen de comprendre ce qui m’arrive. De comprendre pourquoi je retrouve les sentiments que j’avais pour Natalee, et pas ceux que j’éprouvais pour Adrastée. Il paraît donc légitime de lui demander, de savoir qui nous sommes exactement. J’ai le sentiment de ne pas tout savoir, de ne jamais être certain de tout apprendre à notre sujet. Je serre la main de Natalee dans la mienne tout en l’écoutant parler. Elle m’explique. Ce que nous fûmes, ce que nous sommes. Je respire lorsqu’elle répond véritablement à ma question. Et puis, je souris un peu. Je suis rassuré. Rassuré de savoir qu’il n’y a rien eu de plus entre nous. Qu’Adrastée était la seule qui faisait réellement battre mon cœur, au point de lui faire cadeau d’une fille.

- Il ne s’est rien passé ?

Je caresse le dos de sa main avec mon pouce. Elle ne peut pas m’en dire plus. Bien sûr, ce n’est pas à elle de m’avouer quelles étaient nos relations précises. Si je l’aimais ou non. Peut-être même qu’elle ne le sait pas. Que je ne lui ai jamais dit. Je ne sais pas si je dois totalement lui faire confiance. Je me souviens d’elle, je l’aime autant qu’avant, autant qu’une sœur, mais elle pourrait très bien ne pas tout me dire. Après tout, c’est le meilleur moyen pour effacer des instants malheureux de notre passé commun. Je scrute ses grands yeux clairs. Et puis, je finis par murmurer doucement, dans un souffle :

- Merci.

Je pose mes lèvres sur sa joue rose. Ce contact est amical, mais je sens qu’il la gêne. Ma main quitte la sienne et je me replace face à elle, sans la toucher. J’ai beaucoup de mal à le faire, d’ailleurs. Après autant de temps sans fréquenter qui que ce soit, j’ai besoin d’être tactile, de sentir ceux que j’aime près de moi. Ceux que j’aime, mais surtout pas Adrastée, que je fuis autant que possible. Pas parce que je ne me souviens pas totalement d’elle, mais parce que je ne veux pas qu’elle ait de faux espoirs. Qu’elle pense me retrouver à chaque fois que nous nous serrerons l’un contre l’autre. Cameron est réapparu l’espace d’un instant, mais ce fut la seule et unique fois où il s’exprima vraiment. L’autre monopolise trop souvent mon corps, mon esprit. Sauf maintenant. Je regarde Natalee. C’est le moment de changer de sujet. Je sais parfaitement que je l’ai mise mal à l’aise. Je souris un peu.

- Adrastée et toi, vous êtes amies ?
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MessageSujet: Re: Now you're just somebody that I used to know. (Natalee)

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Now you're just somebody that I used to know. (Natalee)

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