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« Celui que j’aime est parti. » (Adrastée)

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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
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MessageSujet: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Dim 7 Oct - 14:40

[Seuls les administrateurs ont le droit de voir cette image]

Une guerre qui a duré trois ans. Je peine encore à y croire, à me rendre compte des vies qui ont été perdues. Des tributs sacrifiés. Et de ceux qui ont survécu. Je n’ai pas réussi à sauver Milan. Alors que je n’avais qu’une seule mission, j’ai échoué. Et j’ai perdu la vie également, quatre mois à peine avant la fin de la guerre. Du jour au lendemain, j’ai disparu. Évanoui dans la nature. Ma femme n’a jamais retrouvé mon corps. Ma femme a dû pleurer un cercueil vide.

Je ne saurais dire pourquoi j’ai décidé de disparaître. Peut-être était-ce parce que Milan était mort. Je n’avais pas réussi à me le pardonner. Pire, je savais que je ne me le pardonnerais jamais. Que Natalee m’en voudrait éternellement. Et que maintenant que Milan n’était plus là, je n’avais plus de concurrent direct par rapport à elle. Je pouvais l’avoir si je le voulais. Seulement, ce n’était plus aussi simple. J’avais besoin d’Adrastée. Et je m’étais rendu compte que je n’avais plus besoin de Natalee. Du moins, plus de manière vitale. Alors, je pouvais reprendre ma vie là où je l’avais laissée. Faire des enfants à Adrastée, vieillir à ses côtés. Mais en vérité, le pouvais-je vraiment ? Le voulais-je ? Tant de personnes étaient mortes, par la faute des Rebelles. Nous avions détruit le Capitole, et pourquoi ? Simplement pour notre petite gloire. En ce qui me concerne, pour m’offrir la vie de Milan. Qu’il me soit redevable. Que Natalee me le soit également. Je l’avais vue grossir, attendre son enfant… et je n’avais pas réussi à ramener le jeune homme. À lui sauver la vie. Alors, je ne servais plus à rien.

Je sais que j’ai disparu de mon plein grès. Je le pense. Je ne m’en souviens plus. Comment en suis-je arrivé là ? Je n’en ai pas la moindre idée. Mais il est vrai qu’en y réfléchissant bien, je ne me souviens pas avoir vu le visage d’Adrastée après la mort de Milan. Je ne me souviens même plus de la mort de Milan. Qui est ce Milan, d’ailleurs ? Qui est Adrastée ? Qui est Natalee ?

Tout ce que je sais, c'est que je dois lui manquer, à Adrastée. J’en suis certain. Pas parce que je suis indispensable à la survie de quiconque – à bien y réfléchir, je dirais même que c’est l’inverse – mais parce que nous nous aimons. Enfin, elle m’aimait, et moi aussi. J’ai été enlevé depuis quatre mois. Et peut-être m’a-t-elle déjà oublié. Peut-être a-t-elle au moins souhaité le faire. Mais c’est d’autant plus difficile, lorsqu’il n’y a pas de corps à enterrer. Je suis persuadé qu’au fond d’elle, elle pense que je suis toujours vivant. Mais c’est faux. La personne que j’étais à l’époque de la Rébellion est morte. Il y a quelques jours à peine, je ne me souvenais plus qu’Adrastée et moi étions mariés. Je ne savais même plus qui elle était exactement. Cela faisait partie des plans du Capitole pour me faire mourir à petit feu. Après tout, enlevez à un homme sa seule raison de vivre, et il ne peut plus s’en relever. Je n’étais que l’ombre de moi-même. Et je savais évidemment pourquoi. Il me manquait quelque chose. Mais la vérité, c’est que je ne me souvenais plus. Je ne me rappelais de rien. Ni de sa peau contre la mienne, ni de son visage. Ni même de son existence. Sans savoir comment j’avais atterri dans les griffes du Capitole, je me rendais simplement compte qu’ils m’avaient pris quelque chose. Que je devais être quelqu’un d’important, avant, pour qu’ils veuillent me détruire de la sorte.
L’autre jour, j’ai trouvé mon dossier, dans le bureau du médecin qui était censé me garder en observation. « Cameron Huggins, patient dangereux et imprévisible » ; sans les narcotiques, pensé-je. Puis je me raidis soudain. Cameron ? Ce n’est pas le nom qu’ils m’ont donné, à l’Institut. Au milieu des quolibets, je perçois parfois un « James ». Alors, je dois m’appeler comme ça, sûrement. Pourtant, c’est mon visage qui figure à côté de ce nom. Alors, cela fait-il partie des nombreuses choses qu’ils m’auraient cachées ? Je tourne les pages du dossier. Une nouvelle photo glisse sous mes doigts. J’entends des bruits de pas dans le couloir. Mes yeux s’attardent sur le visage de la jeune femme. Je lis son nom : « Adrastée Huggins ». Puis sa description : « Rebelle. Imprévisible. Tendance dépressive depuis que son mari a disparu ». Mari. Je déglutis. Je range le dossier au moment où la porte s’ouvre sur le médecin. Je me retourne, faisant face à l’une des personnes qui me retiennent prisonnier depuis si longtemps. Silence. « Sortez d’ici, James », me dit l’homme, d’un ton sec, mais laissant tout de même filtrer un certain trouble, une gène. Je le regarde, et je sais qu’il a compris. Il a compris que je suis au courant de ma véritable identité, et de celle de mon épouse. Malgré tous les médicaments qu’ils m’ont donnés. Malgré le poison de cette flèche en plein flanc, cette même flèche qui m’avait fait oublier qui j’aimais et qui je détestais. Ce poison qui, au fil des années, s’était insinué dans mon sang, jusqu’à me rendre dément. Je me dirige vers la porte, et je sens qu’il ne va pas me laisser partir aussi facilement. Je marche. Un pas, deux. Puis je l’entends crier de me rattraper. Mais j’ai déjà commencé à courir. D’avoir vécu ici pendant des mois, je connais les issues. Je suis rapidement dehors, dans la forêt. Je me cache derrière un buisson, et j’attends que les gardes partent. Très vite, je me retrouve seul, au milieu des feuilles, transi et tremblant. J’essaie de me souvenir, je ferme les yeux, mais rien ne me revient. Je ne saurai jamais retrouver le chemin de ma maison. D’ailleurs, avais-je une maison ? Comme je n’ai pas la réponse à cette question, je traine. Jour après jour. Pendant six mois.

La guerre est terminée depuis longtemps quand ma mémoire commence à revenir. Je suis censé être amoureux d’Adrastée. Cette dernière est ma femme. Mais depuis presque un an qu’elle me croit mort, j’hésite à lui revenir. J’ai peur qu’elle ait fait sa vie avec quelqu’un d’autre, peur qu’elle m’en veuille simplement parce que je n’ai pas donné signe de vie. Je ne me souviens plus comment était le quotidien avec elle, mais quelque chose me dit que l’on s’aimait d’un amour puissant, d’un amour véritable. Je ne sais même pas si nous avons des enfants. Je ne m’en souviens pas. Cette seule pensée me donne la nausée. Quel homme oublierait l’existence de ses enfants ? Alors, je m’y fais. À son absence. Je n’espère pas qu’elle m’aime toujours. Je ne suis plus digne de cet amour, en admettant que je le fus un jour. Et dans tous les cas, je ne ressens plus ce que je devais ressentir pour elle à une époque. Après tout, comment aimer une étrangère ?
Souvent, un visage me revient en tête. Une jeune femme blonde. Mais je ne sais pas qui elle peut être. J’ai dû la connaître, il y a longtemps. Peut-être l’aimer, car elle est belle. Pourtant, elle n’est pas ma femme. Alors, voir ses traits, sembler reconnaître son prénom, est quelque chose qui me met mal à l’aise. Mais cela veut aussi dire que, peu à peu, je me souviens.

Mes pas me guident naturellement vers un endroit, loin, très loin du Capitole. Puis vers une maison, devant laquelle je m’arrête. Je scrute l’intérieur. Je tends l’oreille pour percevoir un bruit, une présence. Mais il n’y a rien. Et puis, je la vois. Une silhouette, derrière la fenêtre. Je me rends compte que je suis sale, que je ne suis pas présentable, surtout après tant de temps. Je me lave tous les jours dans l’eau des rivières, oui, mais sans savon, la terre a marqué ma peau, devenue hâlée. Mes cheveux blonds ont perdu leur éclat, cachés par la boue. Mes yeux bleus sont tristes. Va-t-elle me reconnaître ? Je n’ai aucun doute. Elle, elle n’a pas perdu la mémoire. Mais va-t-elle m’accepter, ou me rejeter ? C’est la plus grande question que je me pose. Je m’approche, pose une main sur la porte d’entrée, et la pousse doucement. Je me souviens tout à coup de cette maison. De ce que j’y ai vécu. La mort de mes parents. Des scènes d’amour avec cette jeune femme. Mais tout cela me laisse de marbre. Les sentiments, cela fait longtemps que je ne les connais plus. La seule chose que j’arrive encore à éprouver, c’est sans doute de la tristesse. Celle d’être si différent de celui que je devais être avant. De ne plus aimer, de ne plus haïr, de ne plus rire ni pleurer. Je pose mes yeux sur Adrastée, qui me tourne le dos. Elle n’a pas d’homme à ses côtés. J’en déduis qu’elle n’a pas refait sa vie. Doucement, je murmure son nom. Elle s’arrête d’essuyer la vaisselle, mais reprend l’activité l’instant d’après. Elle a souvent dû entendre ce murmure dans ses rêves. Tellement souvent qu’elle n’y croit plus. Alors, je parle plus fort.

- Adrastée.

L’assiette qu’elle tient entre ses doigts glisse et se fend en mille morceaux sur le sol. Elle se retourne brusquement et me fait face. Elle n’y croit pas, je le vois sur son visage. Pas plus que moi. Elle ne s’approche pas, et je sais pourquoi. Elle m’en veut, elle a peur, elle ne sait pas quoi penser. L’hypothèse la plus probable est que je suis, pour elle, rien de plus qu’un fantôme qui revient d’outre-tombe.

- J’aurais voulu revenir plus tôt mais… Je ne retrouvais plus le chemin de la maison…

Je n’arrive pas à dire quoi que ce soit d’autre. C’est comme si les mots restaient coincés dans ma gorge. Je la regarde simplement. Elle est belle, tellement belle. Je ne me souvenais pas de sa beauté. Elle porte une main à sa bouche. Une larme coule sur sa joue. Je me précipite vers elle et la prends dans mes bras, instinctivement. Peut-être refusera-t-elle cette étreinte, et après tout, je l’aurais bien cherché. J’aurais dû revenir plus tôt. Être là pour elle. Mais si je la serre désormais dans mes bras, cela veut peut-être dire que celui que j’étais n’a pas totalement disparu. Et même si je ne l’aime plus, simplement parce que je ne me souviens plus d’elle, je suis tout de même revenu. Mes lèvres cherchent son front, que j’embrasse, puis je murmure.

- Je suis là…

Mais au fond, il est évident qu’elle voit la différence. Elle voit que je ne me souviens pas d’elle. Que je l’étreins de manière distraite. Que je connais son nom, que je la reconnais vaguement, mais que je ne la regarde pas comme avant. Que son mari est mort. Alors, elle s’éloigne un peu, et me jauge, comme pour tenter de voir ce que je dissimule. Je la regarde, en sachant pertinemment que cette lueur qu’elle a autrefois connue dans mes yeux, est désormais absente. L’étincelle de l’amour. De la vie.

- Je ne me souviens de rien. Je suis désolé. Je…

C’est alors qu’un cri de bébé interrompt mon propos, me paralysant des pieds à la tête.
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◭ Arrivée à Panem : 23/08/2012
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Dim 7 Oct - 18:20

J'attrape la plume posée à côté de moi, la trempe dans l'encre et me penche sur le papier. Comme chaque jour, je rédige quelques mots, pour lui.

« Mon amour,

Si tu savais comme ta fille grandit vite. Elle te ressemble tellement que la regarder me serre le coeur. Elle est si belle, semblable à un ange lorsqu'elle dort. Et toi, où es-tu en cet instant ? J'espère que le paradis t'as accueilli et que tu veilles sur nous. Vois-tu comme il est difficile de vivre sans toi ? Je sais que tu n'as jamais eu l'intention de nous faire cela, que tu aurais voulu revenir comme à chaque fois, mais il a suffi de quelques minutes pour que tout bascule, pour que ma vie si merveilleuse à tes côtés devienne une véritable enfer. Tu me manques, Cameron. Reviens, par pitié.
»

Il en est toujours de même, lorsque je me mets à écrire. Je pleure, j'ai mal et mes phrases se ressemblent. Je déprime depuis son départ et j'ai l'impression que je n'irai jamais mieux. Mon Dieu, et si cela était le cas ? Je ne peux pas rester dans cette situation. Je ne peux pas élever ma fille dans cette maison, dans laquelle chaque meuble, chaque mur, me rappelle ce que j'ai vécu en sa compagnie. Mais je n'ai pas le choix. Ici, tout n'est plus que ruines. Chaque habitant doit se reconstruire. Je ne suis pas la seule à avoir tout perdu. D'autres, ont vécu bien pire. Je pense notamment à Natalee, qui a vu mourir Milan en direct à la télévision et qui a fait une fausse-couche, quelques jours plus tard. Elle aussi, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle souffre, elle peine à avancer, mais ensemble, nous arrivons à avancer, tant bien que mal. Mais avons-nous le choix ? Je ne suis plus seule désormais, je dois penser pour deux. Mais comme il est difficile de ne pas se laisser aller.

Les pleurs de ma fille me sortent de ma rêverie. Il est temps que je m'occupe d'elle. Elle est si petite, si fragile, je ne peux pas la laisser. Je me lève et me dirige vers sa chambre. Lorsque je ne suis plus qu'à quelques mètres de son berceau, elle cesse sa comédie. Je commence à la connaître maintenant. Elle sa petite moue m'arrache un sourire. Elle est si belle. Je place délicatement une main derrière sa tête et saisis son corps avec douceur. « Bonjour, princesse ». Je l'emmène dans le salon et la nourris. Ses yeux finissent par se fermer et elle retourne au pays des songes. Elle est tellement mieux là-bas. Je soupire, caressant son joli visage et la repose dans son berceau. Il est grand temps de m'occuper de la maison, profitant des heures de sommeil de la petite. Je me dirige immédiatement vers la cuisine. Le tas de vaisselle est conséquent. Je suis fatiguée d'avance. Mais il me faut prendre mon courage à deux mains. Je me lance. Les minutes passent, je reste silencieuse. Perdue dans mes pensées, je n'entends même pas la porte s'ouvrir. Mais aurais-je pu ? Je suis déconnectée. Pourtant, j'entends quelqu'un murmurer mon nom. Je m'arrête dans ma tâche. Sa voix est si proche, mais je sais que ce n'est encore qu'un rêve. Il est mort, il ne reviendra jamais. Je soupire une fois encore et continue la vaisselle. Mais la voix insiste. Le son est à peine plus fort mais cette fois, je sais que je ne rêve pas. Je déglutis, l'assiette que je tiens m'échappe et se brise en mille morceaux sur le sol. Mon coeur bat si fort. Je me retourne, d'un geste brusque et croise son regard. Cameron est là. Il me fait face. Je ne sais pas si je dois y croire. Mais il est si réel. Les larmes se forment au coin de mes yeux. J'ai tellement peur que son image devienne floue. Je ne veux pas le voir repartir. Il élève la voix, me prouvant que je suis bien ici, avec lui. « J'aurais voulu revenir plus tôt mais … Je ne retrouvais plus le chemin de la maison ». Je laisse échapper un sanglot.

J'ai rêvé de cet instant, plus d'une fois. J'ai longtemps espéré le voir me revenir, sans jamais réellement y croire. Tant de personnes ont répété qu'il était mort, que plus rien ne pourrait me le ramener, que je me suis finalement persuadée. Alors que fait-il ici, devant moi, dans ma cuisine ? Comment a-t-il retrouvé la maison ? Je plaque les mains sur ma bouche et déglutis. Les larmes qui coulent désormais sur mes joues lui font peur, il se précipite vers moi. Il me serre contre lui. Mais je ne peux pas bouger. Je reste de marbre, incapable de le regarder, de le toucher, de l'embrasser. Il n'est pas mon Cameron. Il n'est plus du tout le même qu'autrefois. Il pose malgré tout un baiser sur mon front, murmurant ces quelques mots. « Je suis là … ». Mais moi, le suis-je ? J'aimerais prendre mes jambes à mon cou et ne plus jamais réapparaître. J'ai tant attendu, tant espéré, tant pleuré, que je ne sais plus qui je suis, au fond. Adrastée Huggins a disparu elle aussi, en même temps que son mari. Elle ne reviendra jamais, elle ne sera plus jamais la jolie jeune fille qu'elle était dans le passé. Cette Adrastée est morte, pour de bon.

Je n'arrive même pas à pleurer. J'ai perdu tout sens des réalités, je suis simplement pétrifiée. Comme si je retrouvais peu à peu mon esprit, je m'éloigne. Je ne veux plus de ses baisers, de ses étreintes, je veux simplement être seule. « Je ne me souviens de rien. Je suis désolé. Je … ». J'aimerais répondre mais ma fille se met à pleurer. Je déglutis. Je ne sais pas quoi faire. Je ne peux pas la laisser, elle a besoin de moi. Malgré mon état, je marche jusqu'à la chambre de la petite, ouvre la porte et me dirige vers le berceau. Je la prends dans mes bras, et la serre. Je sens que je suis observée et me retourne, doucement, pour ne pas brusquer mon bébé. Cameron est à quelques mètres de moi, horrifié par ce tableau. Il comprend, il sait que je lui ai caché la vérité, dès le début.

« J'étais enceinte lorsque tu es parti. Seulement, je ne voulais pas compromettre tes plans, alors je n'ai rien dis. Mais tu as disparu, sans savoir que tu avais abandonné deux personnes, et non plus une seule. Je … ». Je respire un bon coup. Je tremble. Je ne sais pas quoi dire. Cameron ne se souvient de rien. Et cette situation me semble tellement irréelle. Je le regarde, sans rien dire. La petite le fixe également. Je ne sais pas encore ce que nous réserve l'avenir mais a-t-on une chance de retrouver ce que nous avons perdu ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je veux juste retrouver ma vie d'autrefois, avec lui. Je voudrais tout oublier de ces quelques mois en enfer, parvenir à être en paix pour de bon. Mais je crois que cela est trop demandé. Je crois que d'autres plans me sont destinés et que je ne vais pas les apprécier. Alors par pitié, donnez-moi la force d'avancer.
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◭ Arrivée à Panem : 17/08/2012
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Dim 7 Oct - 19:30

Je me réveille d’un long, d’un très long songe. Un songe qui ne laissait de place à personne d’autre. Il n’y avait que moi avant ; moi et moi seul, tentant tant bien que mal de retrouver mon identité. J’ai erré de longs mois, en pensant me rappeler çà et là des bribes de mon histoire. Mais rien ne me revenait, jamais. Un visage, celui d’une jeune femme blonde. Adrastée, évidemment. Et personne d’autre. Je ne savais même pas pourquoi j’avais disparu. Comment j’étais mort. Je savais simplement que j’avais ressuscité, il y a longtemps maintenant, et que je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Seul, désespéré, cherchant tant bien que mal la trace de mon passé. Et désormais, je le sais, ça ne sera plus jamais comme ça. J’ai retrouvé cette personne, qui se trouve être ma femme. Je ne sais plus vraiment où je suis. Tout ce que je sais, c’est que je suis perdu, décontenancé. J’aimerais pouvoir lui dire autre chose, mais je ne peux pas. Seuls quelques souvenirs me reviennent. Je me rappelle avoir dormi à ses côtés. L’avoir tenue contre moi. Mais aucun de mes sentiments d’autrefois ne me revient. Je suis tel un robot : froid et insensible. Elle le voit, elle le sait, et je comprends rapidement qu’elle préfèrerait que je sois toujours mort. Elle m’échappe des mains, lentement, comme si elle ne me faisait pas confiance. Comme si j’avais usurpé l’identité de son mari, alors que c’est bien de moi qu’il s’agit. À cet instant, je veux m’excuser. M’excuser d’exister toujours, d’être revenu, de ne pas lui laisser de tendres souvenirs, et de venir tout gâcher en me présentant comme un inconnu à sa porte. Mais le cri du bébé me coupe de ces pensées. Je ne sais plus quoi faire, quoi dire. J’aimerais prendre mes jambes à mon cou. J’ai donc un enfant avec elle ; du moins, je suppose que je suis le père. Au lieu de sortir de la maison en courant, je suis Adrastée jusqu’à la chambre. Et là, je la vois. Minuscule, fragile. Elle me ressemble tellement que je n’ai plus aucun doute. C’est ma fille. J’avance doucement vers elle, tout en gardant mes distances. Je ne sais pas comment je pourrais réagir ; je suis devenu quelqu’un dont il faut se méfier, et j’en ai conscience. Ces pourritures du Capitole m’ont transformé à jamais. Je me console en me disant qu’ils sont probablement morts avec la guerre, il y a six mois de cela.
Adrastée m’explique qu’elle était enceinte avant mon départ. Je lui en veux presque, à cet instant, de ne m’avoir rien dit. Peut-être que le Cameron d’avant serait toujours présent si elle ne l’avait pas laissé partir, si elle lui avait dit qu’il allait être bientôt père. Mais je ne peux pas le lui reprocher. Je ne suis plus personne à ses yeux. Juste un intrus, un indésirable. Elle s’arrête, et reprend sa respiration. Je sais qu’elle est submergée par l’émotion. Que ça fait beaucoup de choses à avaler d’un coup. Le fait que je ne sois pas un cadavre, avant tout. Je la regarde.

- Je n’ai pas « disparu » … Ce n’était pas volontaire. Le Capitole m’a retenu, m’a drogué, m’a fait croire que j’étais quelqu’un d’autre. M’a tout fait oublier.

Elle baisse les yeux, et je sens qu’elle se retient vraiment pour ne pas s’écrouler devant moi. Je n’ose pas m’approcher plus. Je sais que je ne suis plus celui qu’elle aime. Et je ne sais pas comment faire pour arranger les choses. Pour que tout redevienne comme avant, si cela est possible. Mes mots ne pourront jamais combler le vide qu’a laissé mon absence. Mes baisers ne pourront pas être sincères tant que je ne me souviendrai pas d’elle.

- Je ne me souviens de rien, de personne.

Je me rapproche finalement d’elle. Cela me fait terriblement souffrir de penser que j’étais son mari, et que je ne peux désormais plus l’être. Tout simplement parce que mes gestes seraient feints, et qu’elle le saurait inévitablement. Je ne pourrais pas lui cacher mon jeu très longtemps. C’est la raison pour laquelle je préfère être franc, quitte à nous faire du mal. Dans tous les cas, mon absence a déjà été suffisamment douloureuse. Mon retour l’est également, mais sans doute beaucoup moins. Je glisse une main sur sa joue.

- Je suis revenu. Je ne me souviens de rien, et pourtant, mes pas m’ont conduit ici. Alors je veux croire que cet homme que tu as aimé n’est pas complètement mort. Je veux me souvenir, Adrastée.

Je baisse un instant mon regard sur le bébé qu’elle tient dans les bras. Elle m’observe, me dévisage. Son propre père. Je sais parfaitement que tout cela est insensé. Mais elle me ressemble tellement que je ne peux m’empêcher de lui sourire. Sa bouche dessine un arc de cercle, qui se transforme en éclat de rire. Je serre la mâchoire. Tout cela m’est tellement inhabituel. Pourtant, je veux cette vie. Celle que j’ai pour le moment, celle d’un sans-abri, d’un hors-la-loi qui vit de ce qu’il trouve, qui chasse pour se nourrir et qui dort dans la forêt, ne me satisfait pas. Ce petit être, je veux le connaître, je veux être présent pour lui. Je veux qu’il me rappelle sa maman, qu’il me remémore tout ce que je dois savoir sur ma femme. Je sais que ma mémoire pourrait ne jamais revenir. Je suis au courant de tous les risques que je prends, simplement en revenant ici alors que tout le monde me croit mort. Je lève les yeux vers Adrastée. Des larmes coulent sur ses joues. Et je me sens terriblement impuissant. Je ne sais pas quoi faire. Quels gestes adopter. Étais-je tendre ? Étais-je drôle ? Je n’en ai absolument aucune idée. Difficile pourtant de croire que je suis quelqu’un de tout à fait différent. Je sais que l’ancien Cameron est là, quelque part ; et ça me tue de ne pas savoir comment le ranimer. Je plonge mes iris bleus dans ceux de ma femme.

- Raconte-moi, Adrastée. Nous. Notre histoire.

Un amour aussi fort que semble l’être le nôtre ne peut pas mourir. Il ne mourra jamais, j’en suis convaincu. Il ne s’éteindra pas. Il est là. J’ai besoin d’elle, d’elle et de notre enfant pour me souvenir. Je suis peut-être naïf. Je pense peut-être que l’impossible peut se produire. Mais j’ai besoin de cela pour survivre. Durant des mois, j’ai vécu avec pour seul souhait de retrouver ma famille. Maintenant qu’elle est là, il m’est impossible de lui dire adieu. À ma requête, je vois qu’Adrastée réprime un nouveau sanglot. Elle a peur. Et moi aussi. Qui sait ce que ces souvenirs pourraient bien réveiller…


Dernière édition par Cameron Huggins le Mer 10 Oct - 9:04, édité 1 fois
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◭ Arrivée à Panem : 23/08/2012
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Dim 7 Oct - 20:43

Je me vois désormais bien obligée de repenser à tout ce que nous avons vécu en trois années. Ils ont tellement changé, ces deux inconnus, forcés de se marier. Je me souviens de notre première rencontre, alors que je venais tout simplement m'excuser pour tout, pour oser prendre possession de sa vie, sans avoir moi-même vécu la mienne. Il avait promis que tout irait bien, sans rien ajouter de plus. Les premières semaines avaient été difficiles, certes, mais par la suite, nous avions appris à nous connaître et avions apprécié la personnalité de l'autre. Puis, des sentiments étaient nés, des sentiments que je n'avais jamais eu pour personne. Je l'aimais. Nous nous étions unis, et je ne me voyais pas vivre sans lui. Pourtant, la rébellion nous avait éloigné, parfois. Cameron travaillait énormément, partant en mission plusieurs fois par mois. Il était toujours revenu, parfois très blessé, mais notre amour avait triomphé. Mais ma grossesse avait tout remis en question. Si je savais que je me devais de rester à la maison, je ne pouvais pas demander à mon mari de se sacrifier pour moi. Il avait tant donné pour les rebelles. Ils avaient tous besoin de lui. Je pouvais attendre, encore un petit peu. La guerre était proche, notre victoire également et je me persuadais que nous pourrions profiter une fois tout ceci terminé. Mais finalement, le sort en avait décidé autrement. Cameron avait disparu, beaucoup le pensaient mort et après plusieurs semaines sans réponse, son décès avait été prononcé. Il n'y avait soit disant plus aucun espoir. Il ne reviendrait jamais. Il avait succombé à ses blessures, quelque part, au Capitole. Mais moi, je ne pouvais le croire. J'avais donc espéré, si longtemps. Mais je devais me battre, espérer son retour, afin de ne pas me laisser dépérir. Après la naissance de ma fille, mes rêves avaient été brisés. Cameron n'était toujours pas là et il ne nous cherchait pas, non. Il était mort, comme Milan, comme tous ces autres. Pour de bon.

Alors le voir devant moi, maintenant, était étrange. Je ne devais plus espérer, je devais passer à autre chose. Et alors que je décidais de refaire ma vie, voilà que Cameron me revenait. Certes, il avait changé, mais il était là, pour moi. Mais sa nouvelle personnalité ne me plaisait pas. Il était si froid, si distant. Pire que la mort, il avait été transformé en une créature dépourvue de sentiments, incapable de ressentir quoi que ce soit. Triste sort. Comment faire brûler la flamme de son coeur à nouveau ? J'ignorais si il existait un moyen en réalité. Je déglutis. Cameron semblait vouloir prendre ses jambes à son cou lui aussi mais il avait au moins le mérite de rester et d'assumer. Il ne mentait pas. Et puis, il n'aurait jamais pu. Je le connaissais trop pour cela. Il écoute mes explications avec attention et je vois qu'il est presque vexé d'apprendre que je lui ai caché la grossesse. Mais je n'ai pas à me justifier. J'ai fait ce qu'il fallait. Il comprend que je suis perdue, choquée par son retour et il prend la parole. Il veut que je sache tout. J'écoute, j'encaisse et ce qu'il dit ne m'étonne même pas. Le Capitole était prêt à tout, avant sa chute. Je soupire. Moi qui avais pensé que jamais nous ne serions touché, j'avais tord. Je baisse les yeux. J'ai envie de vomir. Le son de sa voix est si doux, si familier pourtant, son corps est désormais habité par un étranger. Il n'est pas mon mari. « Je ne me souviens de rien, de personne ». Pas même de moi.

Les choses auraient-elles été plus faciles si moi aussi, je n'avais pas pu me souvenir ? J'avais tellement souhaité oublier son nom, sa personne, lors de ces longs mois car me remémorer le temps passé à ses côtés m'était insupportable. Je ne pouvais pas vivre sans lui. Il me fallait passer à autre chose, ou mourir. Je ne voyais pas d'autre solution.

Cameron se rapproche de moi. Mon coeur fait un bond dans ma poitrine. J'ai peur, peur de me trouver si proche de lui. Je ne veux pas le voir me mentir, faire semblant. Il sait, du moins, devine que nous avons été très amoureux, que la distance ne nous ressemblait pas. Je me souviens encore de l'odeur de sa peau, de ses caresses, de ses baisers. Je frissonne. Je me demande si les choses redeviendront comme avant, un jour. Je ne sais pas si mon mari a envie de se souvenir de ce nous. Lorsque sa main touche ma joue, je sursaute. « Je suis revenu. Je ne me souviens de rien, et pourtant, mes pas m'ont conduit ici. Alors je veux croire que cet homme que tu as aimé n'est pas complètement mort. Je veux me souvenir, Adrastée ». J'aimerais vraiment l'aider mais je ne sais pas si j'en serai capable. Alors que je m'apprête à répondre, il se passe quelque chose de surprenant. Cameron et ma fille communiquent. Ils se sourient et soudain, la petite éclate de rire. Je déglutis. Ce sourire sur son visage, comme avant. Il est possible que mon mari soit là, quelque part. Les larmes coulent sur mes joues, je ne peux plus les retenir. « Raconte-moi, Adrastée. Nous. Notre histoire ». Il me supplie presque. Je n'ai pas vraiment d'autre choix. Si cela peut l'aider, je veux bien essayer. Mais si cela ne marchait pas ? Je ne peux réprimer un sanglot. Puis, je me calme, inspire et élève la voix à mon tour.

« Si tu ne te souviens de rien, de personne, comment sais-tu mon nom ? ». J'ai envie de croire que Cameron reviendra un jour mais j'ai tellement peur d'être déçue. Je suis effrayée. Mais il a tellement envie de comprendre, de se rappeler, que je ne peux pas lui refuser cette demande. Je m'assieds dans la chaise, près du berceau, servant habituellement à endormir ma fille. « Je ne sais pas par où commencer. Mais il faut juste que tu saches que toi et moi, nous aimions d'un amour sincère. Lorsque tu as disparu, mon monde entier s'est écroulé, je … ». Je soupire. Les larmes viennent s'écraser sur le visage de ma fille, qui se met à pleurer. Je la berce, doucement, en lui demandant de se calmer, de ne pas avoir peur. Elle m'écoute, fermant ses paupières. Je relève la tête vers Cameron, qui est à quelques mètres de moi. « Nous nous sommes mariés car nos parents avaient passé un accord. Nous ne voulions pas de ces noces et pourtant, nous nous sommes dits oui devant le prêtre. Si les choses se sont avérées difficiles au début, nous avons très vite appris à nous connaître, à nous aimer, à nous faire confiance ». Je m'arrête, scrutant ses réactions.
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Dim 7 Oct - 21:32

Trop de choses se produisent, en quelques minutes seulement. Il ne s’agit pas simplement des retrouvailles avec Adrastée. Je sens que quelque chose bout à l’intérieur de moi. Comme si je renfermais deux personnes, deux individus à part entière. Cameron, et quelqu’un d’autre. Ce quelqu’un d’autre que je suis en ce moment-même, que j’incarne totalement. Cameron essaie de revenir à la surface. Il se bat, il me déchire de l’intérieur. Il veut surgir. Il veut se jeter sur sa femme, l’embrasser, la serrer contre lui. Mais l’autre, le nocif, celui qui ne devrait pas exister, l’en empêche. Les sanglots d’Adrastée rappellent Cameron de plus belle, si bien que je sens que mon autre personnalité lutte de toutes ses forces pour que mon vrai « moi » ne se manifeste pas, jamais. Et puis, elle me pose une question : comment puis-je me souvenir de son nom alors que je ne me rappelle pas d’elle ? Je pourrais lui mentir, mais elle le verrait. Je pourrais lui dire que je n’ai jamais oublié son nom, que je n’aurais pas pu l’oublier. Mais c’était loin d’être la vérité. À mon réveil, les mots « Adrastée » et « épouse » m’étaient étrangers. Je glisse ma main dans ma poche et en tire quelques papiers pliés négligemment. J’étire les feuilles, et lui en tend une. Celle sur laquelle il est écrit mon prénom, mon nom. Les médicaments administrés, et dans quel but. Puis, je lui en donne une autre. Sa photo y est collée, et une description de sa personnalité l’accompagne. Elle explique précisément l’état dans lequel Adrastée se trouvait, au moment de ma disparition. Dépressive, imprévisible. Tels sont les mots employés. Je la vois lire les bouts de papier, se tendre à certains moments, puis hocher légèrement la tête, comme si elle comprenait finalement où je voulais en venir. Peut-être avait-elle pensé, avant mon explication muette, qu’une partie de moi-même m’avait soufflé son prénom, entre deux crises de folie. Mais ce n’était pas le cas, et elle avait le droit de connaître la vérité.

- J’ai trouvé ça, un jour. Il y a six mois. Je me suis échappé dès que j’ai pris conscience de ce qu’ils m’avaient fait…

Elle m’écoute, puis s’assied. Je pense qu’elle va enfin m’expliquer qui je suis. Tout du moins, j’ai confiance. C’est assez étrange, d’ailleurs. Elle est la première personne que je ne soupçonne pas de vouloir me tuer depuis des mois. Je m’adosse à un mur, près du berceau. « Il faut juste que tu saches que toi et moi, nous aimions d'un amour sincère ». Je la regarde longuement. Je le sais, oui, j’en suis persuadé. Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait exactement, ni l’effet des drogues qui ont circulé dans mon sang pendant quatre longs mois, mais je sais pertinemment qu’elle dit la vérité. J’acquiesce à ses mots. Je ne pourrai pas feindre l’amant, elle le sait parfaitement. Et je doute qu’elle ait la patience d’attendre que je revienne. Que je sois comme avant. Elle va déjà avoir du mal à s’habituer au fait que je sois toujours vivant. Alors je suis sûr que retrouver mon corps, mes yeux, mon sourire, avec la personnalité d’une toute autre personne, sera encore plus difficile à assumer. « Nous nous sommes mariés car nos parents avaient passé un accord. Nous ne voulions pas de ces noces et pourtant, nous nous sommes dits oui devant le prêtre. Si les choses se sont avérées difficiles au début, nous avons très vite appris à nous connaître, à nous aimer, à nous faire confiance ». Nous avions donc été contraints de nous marier. Pourtant, je sentais au fond de moi que les sentiments que nous semblions avoir l’un pour l’autre n’étaient pas absents au départ. J’éprouvais quelque chose pour elle, depuis longtemps. Des images brèves me reviennent soudain en tête. L’église, nous deux. Le prêtre. Un regard sur le public, et encore cette jeune-femme blonde. Mais je ne veux rien savoir d’elle, pour le moment. Seule ma femme compte. Je la regarde.

- Je n’ai pas embrassé tes lèvres, à l’Église.

Elle se fige soudain, et lève vraiment les yeux vers moi. Je poursuis, me rattrapant à chaque détail qui me revient alors à l’esprit. Mais rien d’autre ne semble vouloir s’imposer à moi. Pour la première fois depuis mon arrivée dans la maison, une larme coule le long de ma joue, et je ne suis plus ce robot d’acier sans sentiments. Je suis Cameron, l’espace d’une seconde. Je le sais, je le sens. Cameron qui souffre de ne pouvoir se rappeler de tout, qui pleure de toute son âme derrière cette carapace de chair effroyable.

- Il aurait mieux valu que je sois mort, hein. C’est ce que tu penses.

Je lève les yeux vers elle, la mâchoire serrée, les larmes roulant sur mes joues. Je le sais : Cameron est là, à l’intérieur, mais il se meurt. Il ne tiendra pas longtemps, avant que l’autre, le parasite, ne le tue totalement. Il se rebellera au début, comme il l’a déjà fait jusqu’à maintenant, puis il cessera de vivre, car ce sera trop dur. Je secoue la tête. Enfin, je baisse les yeux, et me détache du mur. Je suis épuisé, tellement épuisé de lutter nuit et jour pour redevenir comme avant. Pour redevenir sien, totalement sien. Qu’elle sache que je suis toujours là. Que Cameron ne demande qu’à ressurgir, qu’à l’aimer de nouveau, mais que je n’arrive pas à le ramener parmi nous, pas totalement. Je marche vers la porte. Je n’ai plus rien à faire ici. Adrastée ne pourra plus m’aimer. Comment le pourrait-elle ? Je suis mort. Celui dont elle était amoureuse est coincé dans mon corps, quelque part. Et ne reviendra peut-être jamais. Sur le seuil, des mots sortent de ma bouche, malgré moi, sans que je les contrôle.

- Je suis ton mari…

Je m’apprête à sortir. À disparaître pour de bon. Je veux la laisser reprendre le cours de sa vie. Elle retrouvera un homme normal, quelqu’un qui saura l’aimer, quelqu’un qui ne sera pas un fantôme. Un homme bon, qui saura l’aider à élever son enfant. Mais quelque chose me retient. Je ne peux pas partir. Je ne le veux pas. Et je sais pourquoi. Cela m’effraie terriblement, me paralyse des pieds à la tête, me donne une lueur d’espoir qu’il serait illusoire d’entretenir dans de telles circonstances. Si je ne veux pas partir, c’est parce que je l’aime.
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Lun 8 Oct - 8:45

Si Cameron se souvient de mon prénom, il y a un peu d'espoir. Peut-être est-il toujours là, quelque part. Il y a même de fortes chances pour qu'il se batte pour refaire surface. Je le connais tellement, je sais qu'il est comme ça. Mais je pourrai tout aussi bien être déçue. Peut-être que le nouveau Cameron se fiche de retrouver la mémoire, que cela est trop difficile pour lui et qu'il ne veut pas continuer de lutter contre lui-même. Je comprendrai. J'ai cessé de lutter moi aussi, il y a plusieurs mois. J'ai cessé de croire que les miracles pouvaient arriver. Pourtant, mon mari est là, devant moi. Mais je ne sais pas encore comment je dois gérer cette nouvelle. Je ne sais pas encore si je dois être heureuse ou au contraire, malheureuse. Les sentiments se confondent. Je suis déboussolée. Le jeune homme plonge la main dans sa poches et en ressort des morceaux de papiers. Il les déplie et m'en tend une. Je regarde attentivement. Tout y est écrit. Son prénom, son nom, la liste des médicaments, le comportement du patient. Je déglutis. Le Capitole a tout détruit. Cameron me tend un autre papier. J'hésite une seconde puis je commence par lire les quelques lignes en haut de la feuille. Je suis de suite frappée par la photographie. Moi. Ils savaient tout. Ils ont étudié mon comportement, ils m'ont observé. Je me sens trahie, vulnérable. Je ferme les yeux, choquée par ce que je viens de lire. Non seulement je me suis trompée sur Cameron qui ne se souvient pas de moi car sa mémoire le lui a permis, mais en plus, j'apprends que le gouvernement m'a étudié, pendant de longs mois. Je soupire. « J'ai trouvé ça, un jour. Il y a six mois. Je me suis échappé dès que j'ai pris conscience ce qu'ils m'avaient fait … ». Je l'écoute mais au fond de moi, mon coeur se brise une fois de plus en mille morceaux. Il est fort possible que Cameron ne revienne pas.

Alors, il écoute ce que je lui raconte sur notre histoire. Il est même ému par ce qu'il entend, je le vois dans ses yeux. Il aimerait se souvenir, il fait tous les efforts du monde pour se rappeler mais il ne peut pas. Et cela me fait peur. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve. Si Cameron ne se souvient jamais de moi, y a-t-il une chance pour qu'il tombe une fois de plus amoureux de moi ? Je déglutis. Je ne dois pas penser à cela maintenant. Je dois juste essayer de l'aider pour le moment. Nous verrons ensuite ce que nous ferons. Lorsque je termine mon discours, il réfléchit. Comme si quelques souvenirs remontaient. Puis, il me regarde. « Je n'ai pas embrassé tes lèvres, à l'Eglise ». Je stoppe tout mouvement. Je lève les yeux vers lui à mon tour et tous les deux nous fixons. Comment sait-il cela ? Comment a-t-il fait pour se rappeler de ce détail ? J'ai un doute. Je ne sais pas si je dois lui faire confiance. Je fronce les sourcils. « Tu as raison. Mais est-ce le Capitole qui te fait parler ainsi ou te souviens-tu, pour de vrai ? ». Je cherche seulement à savoir. Je ne veux pas me faire de faux espoirs. Alors il me faut être sûre. Mais prête à en dire davantage, je me tais toutefois lorsque je vois une larme couler le long de la joue de Cameron. Mon coeur se serre. Il a mal. Il souffre. Et tout cela, parce le gouvernement a voulu se jouer de lui. Ils savaient. Tous ceux qui ont participé à ce plan machiavélique savaient que même si le Capitole tombait, il resterait une trace de son passage, de son oeuvre. Cameron n'est pas le seul à avoir subi de telles atrocités. Ils sont plus que ce que l'on croit. Ils sont perdus, comme morts, coincés dans des corps qui ne sont plus les leurs. Je frissonne.

« Il aurait mieux valu que je dois mort, hein. C'est ce que tu penses ». Je pince les lèvres, alors que le jeune homme me regarde. Il pleure. Tout cela est bien trop douloureux. Je ne peux pas en supporter davantage. Cameron se bat. Il se bat pour retrouver la mémoire. Sans le savoir, il se bat pour moi. Il m'appelle au secours, il me supplie de lui apporter mon aide. Mais moi, je suis bien trop abîmée. Je ne sais pas si je serai capable de faire ce que le jeune homme me demande. Alors je secoue la tête négativement, laissant aller ma peine. Cameron bouge, se détache du mur sur lequel il s'était adossé et marche vers la porte. Ces retrouvailles sont douloureuses pour lui aussi. « Je suis ton mari … », dit-il, comme pour me rappeler notre engagement. Et il a raison. Nous sommes liés jusqu'à ce que la mort nous sépare. Nous sommes mariés, amoureux. Nous avons une famille. Notre fille compte sur nous. Je me lève. Je sanglote silencieusement. Je repose la petite dans son berceau. Pour le moment, elle dort mais qui sait pour combien de temps ? Je dois donc me dépêcher de dire ce que j'ai à dire, de faire ce que j'ai à faire. Je marche en direction de Cameron et me place derrière lui. Je saisis ses mains avec douceur. J'entremêle nos doigts. Puis je pose ma tête contre lui. « Par pitié, reste. Je ne veux pas te perdre une deuxième fois ». Mon amour pour lui est si fort, mon envie de le voir guérir est tellement présente, que je ne peux pas le regarder partir ainsi. Il ne peut pas m'échapper encore. Pas cette fois.
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Lun 8 Oct - 9:32

Tout est si confus et si clair à la fois. Au fond de moi, je connais mon histoire, toute mon histoire. Mais je ne sais pas comment faire pour qu’elle me revienne véritablement. Pour que je sache qui je suis, sans qu’Adrastée ait à tout me raconter. Je sais pertinemment que quelles que soient mes explications, elles ne la satisferont jamais totalement. Adrastée pensera toujours que je ne reviendrai pas, que ma personne, mon être, est bel et bien morte. Je ne sais plus quoi faire. Pour moi, dans un premier temps. Pour que je me rappelle de tout, pour que mon histoire me revienne en tête, pour que je puisse retrouver mes émotions disparues. Et puis, surtout, pour elle. Je ne veux pas qu’elle me considère comme un étranger. Mais en même temps, lorsque ma personnalité parasitaire prend le dessus, je prie pour qu’elle ne s’approche pas de moi, qu’elle ne me touche pas, qu’elle ne m’embrasse pas. Alors, comment vivre alors que ces deux êtres cohabitent en moi, en totale contradiction et sans compromis possible ? Comment faire pour que Cameron domine « l’autre » ? Qu’il le tue, qu’il l’assassine ? Cette créature imaginée par le Capitole, inséminée en moi, ne doit pas survivre. Je dois l’exterminer. Mais je ne sais pas comment. Car cet être, à l’opposé total de la personne que je suis réellement, est celui qui domine désormais. Celui qui a pris la place de Cameron. Comment vivre sans lui alors que mon existence – comme je me la rappelle – est polluée par sa présence ? Comme un cancer, cette personnalité est quelque chose que je déteste profondément, mais que je ne peux pas éliminer. Pas maintenant, pas comme ça. Je suis d’ailleurs persuadé que je redeviendrai moi-même au moment où je m’y attendrai le moins. Comme maintenant. Ce très court instant de lucidité, je m’y accroche, je ne le laisse pas filer. Je tiens à montrer à Adrastée que je suis là, moi, son mari, l’amour de sa vie. Que je ne suis pas mort.
Alors, j’évoque notre baiser à l’Église. Un détail dont je ne pourrais pas me rappeler si le vrai Cameron n’était plus là, s’il avait définitivement cédé sa place. Elle doute. Je le vois, je le sais. Sa voix s’élève. « Mais est-ce le Capitole qui te fait parler ainsi ou te souviens-tu, pour de vrai ? ». Je secoue la tête. Je ne sais pas. Mais je suis sûr d’une chose : le Capitole ne veut pas que je me souvienne de tout cela. Alors pourquoi diable orchestrerait-il mes émotions de la sorte ? Je la regarde, et lui lance pour toute réponse :

- On n’oublie pas le jour de son mariage…

Je n’ai pas d’explication plus rationnelle. Je sais que c’est idiot, que c’est stupide. Car dans ce cas, je n’aurais pas oublié ma femme. Mais c’est la seule explication qui me vient, comme je suis persuadé que le Capitole n’a rien à voir avec ce soudain regain de mémoire. Mais elle ne me croira pas, ne me croira plus jamais. Elle doit se demander pourquoi je me souviens de cela maintenant, et pas avant. Pourquoi je n’ai pas cherché à la retrouver depuis six mois. Elle ne pourrait pas comprendre que le simple fait de la revoir puisse réveiller Cameron. Puisse me ramener vers elle. Je tourne les talons, mais alors que je suis sur le point de sortir, elle m’arrête. Je la sens se placer derrière moi, puis saisir doucement mes mains. Mon cœur s’emballe. Et puis, elle parle. Je l’écoute, je ne peux faire que ça. Je réalise tout ce qu’elle a dû endurer. Les soirées d’attente, au début, à croire que je rentrerais rapidement. Et puis, la rumeur de ma mort avait dû se répandre, je suppose. J’avais disparu depuis trop longtemps. Elle m’avait perdu, au moment où elle avait le plus besoin de moi. Je n’avais pas vu son ventre grossir, je n’avais pas serré cet enfant contre moi. Je n’étais pas là.
Je sais pertinemment que je ne pourrai jamais me pardonner d’avoir été absent, d’être mort aujourd’hui alors que mon corps est toujours là. Je ne pourrai jamais me pardonner de la faire souffrir autant, de la condamner à attendre quelque chose qui ne se produira peut-être jamais. Alors, je décide de lui parler.

- Quand je me suis réveillé, j’étais seul. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas ce qu’ils avaient bien pu me faire. Je…

Je me retourne, je lui fais face. Ma tête me fait affreusement mal. Je sens que je lutte, que je lutte vraiment. Alors, mes paupières se ferment un instant, mon front se plisse. Et lorsque je rouvre les yeux, je la regarde presque comme avant. Elle remarque ce changement. Elle remarque qu’à cet instant, je suis moi-même. Pour quelques secondes seulement, sans doute, mais je suis moi-même.

- Je t’ai cherchée à mon réveil, Adrastée… Je savais que j’avais une alliance, je savais que ce n’était pas normal… Je t’ai cherchée, tu sais.

Je ne veux pas qu’elle pense que je l’avais totalement oubliée. Surtout pas. Bien au contraire. Mais ils m’avaient tellement fait croire que je n’avais pas de famille, que je n’avais aucune raison de penser qu’ils me retenaient prisonnier… J’ai lâché prise, à un moment-donné. Je me suis dit que je devais être fou pour penser qu’ils me voulaient du mal. Jusqu’à ce que je trouve ces papiers et que je réalise qu’ils m’avaient caché tout cela, durant si longtemps. J’avais eu des mois pour oublier Adrastée. Et je l’avais fait, presque totalement. Mais ils avaient oublié qui je suis. Ils n’avaient pas pris en compte la force de mon esprit. Je sais que je suis toujours là. Que je prends le dessus seulement parfois, mais que je suis présent. Qu’un jour, peut-être, je redeviendrai comme avant. Après tout, ils avaient essayé de me tuer à de multiples reprises, sans succès. Pourquoi gagneraient-ils cette fois-ci ?
Je fronce les sourcils et la regarde.

- Tu ne me perdras pas. Jamais.

À cet instant, je me penche sur elle, et je l’embrasse doucement. Pas parce que je pense que c’est ce qu’il faut faire. Mais parce que mon esprit me l’ordonne. Cameron me l’ordonne. Je l’embrasse doucement, tendrement, comme je le faisais avant. Le goût de ses lèvres me ramène des images en tête. La cuisine, un matin. Le canapé, un soir. Et puis, des images moins joyeuses de disputes insensées. Je la serre un peu contre moi, tout en l’embrassant. J’ai tellement peur que tout cela disparaisse à l’instant où nos lèvres ne seront plus réunies.
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Jeu 11 Oct - 21:02

Il me faut avoir confiance, il me faut être forte. Pourtant, j'ai envie de m'écrouler. Je ne sais pas comment réagir face à toute cette histoire. Cameron pourra-t-il seulement me revenir, un jour ? Il est difficile de réaliser que le jeune homme que j'ai connu et aimé est sans doute parti pour toujours. Il est là, devant moi, physiquement mais le reste ne suit pas. Il parle à une étrangère, même si son instinct lui fait dire le contraire. Il ne se souvient pas de ce que nous avons vécu. Mais comment oublier cette vie à ses côtés ? Comment oublier que nous nous sommes aimés si fort ? Le Capitole mériterait de tomber une deuxième fois. J'aimerais me venger, faire souffrir ceux qui ont fait de ma vie un enfer. Plusieurs longs mois ont passé, sans que je ne puisse réellement faire mon deuil, le corps de mon époux n'ayant jamais été retrouvé. Au fond de moi, il me restait cet espoir, celui que tout le monde refusait de croire, auquel ma famille ne voulait pas que je m'accroche désespérément. Mais pouvais-je faire autrement ? Jeune veuve, enceinte, gravement malade, dépressive. Il me fallait y croire. Mais maintenant que Cameron est devant moi, tout ce en quoi j'ai cru, semble mourir. Il ne reviendra pas. Il passera des mois à essayer de se souvenir puis finalement, il fera semblant. Il oubliera. Mais moi, je ne veux pas oublier. Je ne peux pas passer à autre chose. Je veux retrouver celui qui est parti et non un autre. Je veux mon Cameron, celui que j'ai épousé. Celui qui est parti, celui qui m'a abandonné. A ma question, le jeune homme secoue la tête. Il est perdu dans ses souvenirs. « On n'oublie pas le jour de son mariage », dit-il. Je souris tristement. Il a raison, personne ne devrait oublier. Mais pourtant, il est incapable de se souvenir de quelque chose. Il a parfois des images, mais sa mémoire sera défaillante, toute sa vie. Je soupire. Je sais que je suis bien pessimiste, mais je n'ai pas envie de me faire des idées. Pas cette fois. Pas alors que ma fille dépend de moi, que je ne peux pas me permettre de déprimer cette fois. Je dois être forte, aidez-moi.

« Je sais mais pourtant, le Capitole a réussi à effacer tout ce qui comptait pour toi ». Je ne veux en aucun cas être désagréable mais je ne fais que constater. Le gouvernement a fait souffrir tant de gens. Combien de famille sont brisées à jamais ? Si Cameron a retrouvé le chemin de la maison, combien peuvent prétendre avoir fait de même ? Mon mari a été guidé. Ses pas l'ont mené jusqu'ici, jusqu'à moi et nous ne savons expliquer cela, ni lui, ni moi. Il faut juste y croire, encore et toujours. Nous verrons de quoi demain sera fait. Lorsque nos corps se sont touchés, le coeur de Cameron s'est emballé. Je ne sais pas si cela est bon signe. Mais je me dois de lui faire confiance. Il comprend que ces mois ici ont été très difficiles, trop difficiles. Il doit s'en vouloir et je suis désolée de lui avoir infligé cela. Ce n'est pas de sa faute. Il a voulu faire ce que son coeur lui dictait. Il est parti en pensant qu'il reviendrait. Mais il avait tord. Mais penser au passé ne sert à rien. Il faut maintenant penser à notre futur. Pouvons-nous être une famille ? Cameron doit décider. « Quand je me suis réveillé, j'étais seul. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas ce qu'ils avaient bien pu me faire. Je … », commence-t-il. Puis, il se tourne vers moi, me fait face. Il ferme les yeux quelques secondes et lorsque ses paupière s'ouvrent à nouveau, mon coeur a un raté. Il me regarde comme avant. Il est à nouveau lui-même. Comme si deux personnalités se battaient, dans son corps. Mais Cameron est bien là, avec moi. Je déglutis. Il ouvre à nouveau la bouche. Il dit m'avoir cherché à son réveil, avoir toujours su qu'il portait une alliance. Je pince les lèvres. Je ne veux pas qu'il se sente coupable. Je ne veux pas que ses souvenirs au Capitole refassent surface. Les larmes me montent aux yeux. « Je te crois. Je ne peux même pas imaginer ce que tu as enduré ».

Mais je comprends malgré tout. Je sais où combien il a souffert, comme moi. Je sais ô combien il a été difficile pour lui de fermer les yeux, lorsque le moment de se coucher arrivait. Je sais aussi ô combien il a pleuré en se demandant pourquoi il était encore là. J'ai souhaité mourir maintes fois, incapable de supporter la vie au district, à Panem sans ma moitié. Mais si nous sommes présents en cette heure, ce n'est sans doute pas par hasard. Le destin, oui, le destin nous a réuni. Et maintenant, nous ne nous quitterons plus. Il pense comme moi. « Tu ne me perdras pas. Jamais », dit-il avant de se pencher vers moi. Ses lèvres se pressent contre les miennes. Mes mains s'agrippent à ses vêtements, les larmes ruissèlent le long de mes joues. Je ne veux pas le perdre. Je ne veux pas le laisser partir à nouveau. Il est mien, je suis sienne. La vie est ainsi faite.

Lorsque nous retrouvons notre souffle, je le regarde dans les yeux. Je comprends alors que le jeune homme fera tout pour retrouver la mémoire. Il essayera, du moins. Mais je serai là pour lui. Il peut compter sur moi. Ma main tremble mais se soulève, pour caresser sa joue. « Tu m'as tellement manqué … ». Oui, je n'ai eu de cesse de penser à lui ces quelques mois. Chaque seconde. Mais nous sommes désormais réunis, pour le meilleur et pour le pire. Mais je suis convaincue que le pire est passé. Il nous reste maintenant le meilleur.
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MessageSujet: Re: « Celui que j’aime est parti. » (Adrastée) Ven 12 Oct - 9:33

Ce que j’ai enduré. Les mots sont trop faibles pour le décrire. Dans tous les cas, Adrastée n’aimerait pas entendre ça. Elle n’aimerait pas savoir que l’on m’a fait du bourrage de crâne, que l’on m’a donné plus de médicaments que j’aurais dû en ingérer en toute une vie. Elle n’aimerait pas savoir que l’on m’a maltraité, que l’on m’a torturé. Elle souffrirait trop si je lui avouais tout cela. Je ne sais pas si je devrai lui dire un jour. S’il faudra lui avouer tout ce qui m’est arrivé. Peut-être pas. Peut-être que c’est mieux si elle ignore tout ce cette vie affreuse qui a été la mienne ces derniers mois. Tout ce que cela ferait, si je lui disais, c’est lui briser le cœur. Je ne le veux pas. Je l’ai déjà assez fait par mon absence. Je le vois, elle est éreintée, épuisée de croire en mon retour sans voir ses souhaits exaucés. Elle n’en peux plus, elle en a marre, tellement marre qu’elle ne sait même pas si le fait que je sois revenu est une bonne nouvelle ou pas. Je ne suis plus le même, c’est vrai. Et elle ne sait pas si, un jour, elle retrouvera le Cameron d’avant. Mais un peu d’espoir (un peu plus, du moins) ne nous fera pas de mal. L’espoir de croire, simplement, que tout peut redevenir comme avant. Ça semble totalement insensé. Naïf. Mais l’est-ce vraiment ? Et depuis quand l’espoir doit-il être rationnel, cohérent ? Je refuse qu’il le soit. Je refuse qu’elle ne croit pas au fait que je puisse redevenir comme avant, simplement parce que ça semble impossible, parce que ça ne s’est jamais vu. Les miracles arrivent. Rarement, mais ils se produisent. Nous méritons un miracle, plus que n’importe qui sur cette terre. Nous méritons de retrouver notre bonheur perdu.
Je l’embrasse, et déjà je sens que je redeviens un peu moi-même. Pas totalement, loin de là. Mais la forme de ses lèvres, leur saveur, m’est familière. Je les reconnaitrais entre mille. Elle s’accroche à moi, à mes vêtements. Je prends sa taille entre mes mains, caresse sa peau doucement. Je la sens frissonner sous mes doigts, et me colle à elle davantage. Et puis, elle se recule doucement. Je rattrape sa bouche une dernière fois, puis me détache d’elle. Les images d’un baiser dans la cuisine, d’une nuit sur le canapé, de moments intimes sur le sol de la salle-de-bain disparaissent immédiatement. Je déglutis. Peut-être que je ne me souviendrai jamais. J’essaierai. Mais peut-être que ma mémoire ne reviendra jamais totalement ; que je serai condamné à n’avoir que des bribes de souvenirs, toute ma vie. Je ferme les yeux en sentant sa main sur ma joue, puis je la regarde. « Tu m’as tellement manqué » me dit-elle. Je hoche la tête.

- Je sais.

Je ne peux rien lui dire d’autre. Je ne peux pas lui dire qu’elle m’a manqué aussi. Pendant des mois, j’ai lutté pour ma survie. D’abord, au Capitole. Les mauvais traitements que l’on m’infligeaient avaient peu à peu eu raison de ma santé mentale. J’étais devenu un fantôme, un terrifiant fantôme, incapable de véritablement savoir ce qu’il lui arrivait. Incapable de deviner d’où il venait. Par automatisme, je glisse une main sur mon ventre. Un creux, un creux terrifiant. La raison de mon coma, de ma disparition. Une blessure profonde, infligée par une arme redoutable. J’aurais dû être mort. Pourtant, j’étais vivant. Mais je ne savais absolument pas à quoi, à qui je devais la vie. J’aurais dû mourir. J’aurais dû y rester. Tout le prouve. De cette blessure à cette perte de mémoire qui ne me permettait même pas de reconnaître ma femme. Adrastée avait-elle une idée de ce que j’étais allé faire le jour de ma disparition ? Lui avais-je avoué la raison pour laquelle je devais risquer ma vie ? J’aurais très bien pu être le genre de mari qui part à l’aventure sans prévenir sa compagne. Qui risque sa vie sans penser nécessaire de l’avertir, alors qu’elle est sans aucun doute la première personne concernée, impliquée dans mes choix de vie. Étais-je à ce point égoïste ? Je fronce les sourcils. Autant lui montrer, savoir de quoi il retourne. Je relève lentement mes vêtements tâchés de boue, jusqu’à lui montrer cette blessure étrange, incroyablement profonde, dont la cicatrice-même a de quoi faire frémir. Je jette un coup d’œil à Adrastée, et je vois qu’elle retient son souffle. Qu’elle peine à réaliser. Sait-elle pourquoi je suis blessé ? Ce qui a pu m’infliger ce coup ?

- J’aurais dû mourir, avec cette blessure. J’ai dû perdre beaucoup de sang. Je ne me souviens plus. Je veux juste savoir si tu avais déjà vu cette blessure. Je suis sûr que c’est à cause d’elle que j’ai disparu, que le Capitole m’a retenu prisonnier.

Je la vois réfléchir. Juste au dessus de cette cicatrice qui aurait dû m’être mortelle, une autre est visible. En dessous du cœur. Antérieure. Les doigts d’Adrastée se posent sur cette dernière et en dessinent chaque creux.

- Celle-là est plus ancienne, dis-je simplement.

Elle ne relève pas mes paroles. Elle ne s’en préoccupe pas. Elle connaît cette cicatrice, plus ancienne, qui se devine sous ses doigts. Je ne suis plus celui que j’étais il y a quelques secondes. Je ne me souviens plus. Et je dois composer avec cette double personnalité, aussi insupportable soit-elle. Je la déteste, je la hais, je n’en peux plus de devoir vivre avec, et pourtant, je n’ai pas le choix. Ce côté-là de mon nouveau caractère ne se préoccupe pas de savoir si Adrastée souffre lorsque je ne me souviens pas. Il s’en fiche un peu. J’essaie de ressurgir, comme l’instant d’avant, mais il me stoppe, me toise, me nargue. Il ne veut pas vraiment que je revienne, et après tout, pourquoi le blâmer : il joue son rôle, il fait ce pour quoi il a été conçu. Je regarde Adrastée. J’ai envie de lui dire de m’aider. De me parler de tout et n’importe quoi, juste pour que je me souvienne. Mais je ne peux pas, je m’en empêche. Et ce n’est peut-être pas plus mal. Si je sais d’où vient cette blessure qui m’a fait tellement souffrir, je saurai sans aucun doute ce qui s’est produit ce jour-là, ce jour où j’ai disparu. Et je ne suis pas vraiment sûr d’en avoir envie.
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« Celui que j’aime est parti. » (Adrastée)

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